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Algérie 2007 ou le sang des innocents

Constat d’une Algérie sanglante

mercredi 2 janvier 2008, par Le libertaire


A cinq reprises en 2007 l’Algérie, déjà saignée à blanc dans les années 90 sous prétexte de l’arrêt du processus électoral aux législatives de 1991, vient d’être abreuvée du sang des innocents. Au centre d’Alger, le Palais du gouvernement était visé mais aucun haut responsable n’a été atteint. A Batna, l’objectif semble avoir été le président de la République mais les morts et les blessés sont de pauvres citoyens dont le seul tort a été de se trouver au mauvais endroit, au mauvais moment.

Le seul tort, c’est vite dit. En fait, il y en a un autre, plus important. Je n’ai jamais compris pourquoi ; partout en Algérie, quand un président se déplace, ceux-là même qui passent leur temps à le critiquer s’alignent en masse sur son passage pour l’applaudir. Pourquoi ne font-ils pas, ce jour-là, d’opération ville morte ? Ce serait la meilleure gifle à infliger à nos officiels. Elle est, de surcroit, sans risque ; de nos jours on ne passe plus de cités au fil de l’épée.

Mais revenons à la question essentielle : Pourquoi ces attentats sanglants en Algérie ? Pourquoi ces kamikazes ? Récemment, la presse algérienne vitupérait la chaîne qatarie El Jazeera (El Djezara ?) [1] pour avoir publier ces résultats d’un sondage : 53% des sondés approuvent les attentats à l’explosif commis par le GSPC en Algérie. Et de sous entendre qu’il faut protester auprès du gouvernement qatari ; de même qu’autrefois on disait que, pour éradiquer la prostitution, il suffirait de casser les trottoirs. Hélas ! ceux qui ont applaudi la destruction des tours jumelles aux USA en 2001 sont disposés à approuver les massacres perpétrés en Algérie au nom de l’islam ; les motivations sont identiques, seul le pays change, voilà tout. Pourquoi donc l’Algérie ?

Au lendemain de l’indépendance ; la Constitution algérienne a institué l’islam religion de l’Etat. Nul parti, nulle personnalité, n’a perçu le danger potentiel de cette décision. Tout le monde ou presque tenait l’islam pour une religion de paix, de tolérance, voire de progrès. Les mieux informés taisaient les versets qui appellent au meurtre des infidèles des apostats, des polythéistes ; les versets débordant de haine contre les juifs et jetant l’anathème contre les chrétiens.

On vous citait de façon tronquée le verset qui « interdit de tuer un croyant sauf si ce dernier a semé la perversion sur terre. » Comme la nature de la perversion n’est pas précisée, comme l’autorité habilitée à se prononcer sur la perversion de tel ou tel comportement n’est pas désignée, la porte est ouverte au meurtre.

Les autorités ont cru naïvement qu’il suffirait de rendre le ramadan obligatoire, d’instaurer le week-end les jeudi – vendredi et de construire des milliers de mosquées, d’aller “péleriner” à la Mecque entre deux escales dans des palaces parisiens pour contenter le bon peuple. Pendant ce temps les intégristes veillaient. Le plus logiquement du monde, ils ont affirmé qu’un pays où l’islam est la religion de l’Etat, ce dernier doit en tous points ce conformer à la loi coranique. En d’autres termes, rendre obligatoire le port du voile, appliquer une ségrégation rigoureuse des sexes, autoriser la répudiation, la polygamie, l’inégalité entre les sexes, l’ablation de la main des voleurs, le châtiment impitoyable des relations sexuelles hors mariage, la libre disposition du butin (femmes comprises) en cas de victoire, l’esclavage.

La limitation des naissances, l’avortement considérés comme contraires à l’islam sont toujours interdits. Le Pouvoir a opté pour une politique de régulation des naissances qui autorise à chaque femme huit grossesses pendant sa période de fécondité. Pendant des décennies, la pilule contraceptive ne pouvait être vendue que sur présentation d’un livret de famille. Résultat : la surpopulation. L’Algérie croule sous le poids de son surpeuplement. 31% des enfants y ont moins de 15 ans. L’Algérie n’a pas les moyens de les préparer à la vie active. Ainsi se constitue le vivier où les intégristes recrutent d’autant plus facilement qu’ils font miroiter le paradis au bout de l’attentat suicide.

Je m’attends aux cris indignés des internautes musulmans mais je les incite à lire attentivement le Coran pour voir que je n’ai rien inventé.

Les autorités ont laissé les imams prêcher à leur guise. Ces derniers, sur un fond de misère sociale, d’échecs économiques et d’incitation à la haine de l’Occident ont préparé les esprits au djihad contre le Pouvoir jugé par eux impies. Sur ce point ils se trompent d’ailleurs car nous connaissons plus d’un ancien Premier ministre et des ministres musulmans jusqu’au bout du turban.

Par anticommunisme primaire, les autorités ont laissé des Algériens aller se battre en Afghanistan contre le régime communiste. Elles n’ont pas compris que le FIS y formait ses futurs maquisards.

J’ai souvent entendu affirmer que le FIS était une création du FLN. En réalité, le FLN n’a jamais voulu créer le FIS mais il a permis sa création en décrétant l’islam religion de l’Etat.

La deuxième cause du désastre algérien est l’arabisation de l’enseignement. De même que pour la religion, très peu d’Algériens ont perçu les dangers de l’arabisation. Des responsables aussi informés que Mostafa Lacheref ou Taleb Ibrahimi, des politiciens chevronnés comme Aït Ahmed, n’ont pas compris que l’arabisation est un obstacle au développement économique et à la maîtrise des technologies modernes. Beaucoup ont parlé de réformes sans comprendre qu’on ne peut pas transformer un mulet en pur-sang.

En partant, les Français nous ont laissé un butin de guerre (Kateb Yacine dixit.) Maigre butin, hélas ! mais il eût fallu le développer. Si l’Algérie indépendante avait dès l’origine choisi le français comme langue d’enseignement, elle se serait développée.

En Algérie, de nombreux secteurs d’activité ne fonctionnent qu’en langue française : entreprises industrielles, agricoles, commerciales ; banques, chèques postaux, caisses de retraite, transports ferroviaires, maritimes, aériens ; entreprises de bâtiment, cabinets d’architecture, agences immobilières, hôpitaux, cabinets médicaux.

Les cadres supérieurs et moyens de ces entreprises se sont formés en langue française et un peu en anglais. Leur travail se fait plus ou moins bien.

Les enseignements sont dispensés essentiellement en langue arabe jusqu’au bac.
Dans les universités ; toutes les disciplines scientifiques sont enseignées en langue française. Le bachelier arabisé éprouve des difficultés à suivre les enseignements scientifiques. Cela est exact également dans les sciences économiques et la sociologie. Ce décalage explique le fort taux de déperdition des universitaires. L’arabisation est également la cause du manque de prestige de l’université algérienne. L’attrait des universités du monde occidental est révélateur. Même les étudiants les plus arabisés aspirent à poursuivre leurs études non dans les pays arabes mais en France, en Angleterre, en Belgique, aux Etats-Unis.

Ce n’est pas ici le lieu de présenter les causes du retard scientifique, technique ; technologique des pays musulmans en général et des pays arabes en particulier.

On nous parlera du prestige des sciences improprement appelées arabes : c’était il y a de cela 5 siècles.

L’arabisation jointe à l’islamité a largement contribué à l’apparition de l’intégrisme islamique et du terrorisme. Ce ne sont pas les seules causes, ce sont les principales. Il y a eu aussi l’effet des dictatures, de l’effritement des valeurs traditionnelles telles que le travail, la probité, le respect de la parole donnée.

Peut-on imaginer des solutions ? Oui. Il faudrait d’abord expurger le Coran de ce qui freine le développement économique. Il faut en même temps renoncer à l’arabisation, donner l’enseignement en langue française, puis ajouter l’anglais au lycée et l’université.

Quel gouvernement, quelle autorité religieuse auront assez de lucidité et de courage politique pour le faire. Chacun sait qu’Ataturk a sauvé la Turquie de l’effondrement en abolissant le Khalifat, en imposant la laïcité, en désarabisant l’écriture. Son équivalent algérien n’est hélas pas pour demain. L’avènement d’un Khomeyni bis est plus probable. De toute façon, les esprits, formatés en profondeur, n’accepteront jamais des réformes aussi radicales.

Parlez de franciser l’enseignement, on vous traitera de hizb Fran’ça, le parti de la France alors que les partisans de l’arabo islamisme sont le hizb el miziria (le parti de la misère, pas pour les riches, pour la masse, ça va de soi.)

Une seule région d’Algérie est disposée à penser laïcité et modernité, c’est la Kabylie, à condition que ses dirigeants et son peuple luttent pour leur survie.

Le Libertaire

Notes

[1] la boucherie

 
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surpopulation
darwesu à ecrit le 6 janvier à 21:31
La population de l’Algérie est passée de 8 milions d’habitants en 1962 à 35 millions en 2005. La population est multiplée par "4" en quarante ans. C’est la pierre angulaire des problèmes en Algérie. Il mal venu de toucher à la clientèle des imams qui incitent leurs "fidèles" à procréer pour la gloire de leur idole et son prophète.
Dès lors...

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faire le nombre, pas la qualitè
kaci à ecrit le 9 janvier à 19:51

En kabyle on dit L’kethra ned darria dhassif ellaz !

Mais comme ce ne sont pas les limites de notre culture qui determinent l’education algerienne, nous sommes reduits à faire le nombre au detriment de la qualitè !

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Excellent
darwesu à ecrit le 6 janvier à 21:35
L’article est excellent par son exactitude. C’est le meilleur que j’ai lu sur votre site à ce jour.

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rzhe
who are you ? à ecrit le 7 septembre à 01:37
Le libertaire ne serait -il qu’un autoritaire inconscient ?Cet "article" représente la quintescence du néo-colonisé.Certes ,il souhaite (ait ?)l’indépendance de son pays mais il désire encore plus ardemment vivre comme les anciens colons.Il utilise leur langue ,il n’y a pas de mal à celà,le problême est qu’il pense en son fors intérieur que cette langue(de l’ex colonisateur) est supérieur.Le résultat est qu’à force de parler comme les ex colons ,il intériorise une infériorité qui le rend incapable de penser par lui-même.Le résultat de cette aliénation est que les algériens(mais aussi nombre d’ex pays colonisé)ne produisent rien.L’algérie importe tout de l’extérieur.Il n’y a donc pas d’économie productive,donc pas assez de travail.L’immigration est la seule de ... SORTIE pour les algériens.Comme le français est sur enseigné en algérie (surtout à l’université) ,les algériens vont en masse en france et /ou au québec. L’ironie de l’histoire sera que lorsque la france en aura assez d’accueillir ses ex colonisés ,elle obligerea l’algérie à utiliser la langue arabe afin que ceux-ci travaillent en algérie et développe leur pays.

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