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vendredi 7 mars 2008, par Djaffar Benmesbah
Voilà un artiste qui a rajouté du miel à la chanson kabyle et qui, à défaut de reconnaissance, a payé l’injuste addition des politiques oublieux pour lesquels il a tant donné. Il n’a aucune prévoyance peut-être, question d’humilité, c’est ça l’artiste, il se fout de l’horoscopie des puristes en déséquilibre permanent sur leur échelles, occupés à surveiller le thème natal dans le but d’apprivoiser le futur.
Ali n’est plus l’innovateur d’autrefois, question de moyens, mais il reste protégé par l’armure de son engagement passé, il garde l’œil malin et le ton rieur. Tout à l’inverse des petits politiques kabyles geignards qui étranglent leurs jouets comme le fait un enfant qui souffre seul de sa solitude, il préfère une soupe de haricots blancs arrosée de la rivière de sa poésie en crue à un dîner avec le maire de Paris quand celui ci invite les kabyles à se bousculer au devant du parvis de sa seigneurie, histoire de leur rappeler qu’il prend grands soins à leur réserver une allocution de dix minutes au soir du 12 janvier. Quelle pitié ! Ali l’artiste promet d’être parmi nous caque fois que nous avons besoin de sa présence. L’indigence des ventres creux le somme à nous revenir à chaque fois les mains nues, comme le pain et l’oignon qui aident les pauvres gens à défier le givre et le froid au plus fort de décembre. Chanteur aux paroles immortelles que la dite sérénité des politiques est toujours contraint de solliciter pour se recouvrer, ses errements dans la splendeur trompeuse des actions partisanes ont duré, la voix délicatement appliquée et impliquée dans les entreprises du combat identitaire.
D’une nature obéissante à tous les combats, dans Paris, d’autres batailles allaient sortir du sommeil et s’ouvrir sur un champ de mines. Il a un peu de rage envers l’ingratitude. Il voudrait tellement chanter la désillusion mais le pacte consiste à ne jamais nommer ce à quoi il a renoncé et qui l’a banni de toutes virtuosités mêmes anonymes. C’est dur d’éprouver la réalité de se savoir ouvrier, tâcheron intrépide de ses propres clauses quand on est justifié par l’engagement et la révolution. En temps d’angoisses qui surprend l’apatride, il s’escrime en révoltes un peu distinctes - révoltes que beaucoup emplissent de subjectifs atterrants - il chante dans une émouvante sobriété en s’appropriant les substances du souffle nécessaire et à Paris, à Lyon, à Marseille ou à Saint Etienne, il offre encore ce qui est affriolant dans sa voix à tous ceux qui partent à la rencontre des existences de leur culture et de leur Kabylie, toutes les deux pleines de fureurs et de bruits, gravement mises à mal par un régime d’un autre temps revenu terminer sa déficience. Ali charge les cordes de sa guitare de "Bella Ciao" de "Tahia Berzidane" de "Avava Inouva" au renvoyant sonore de l’assistance qui souligne ses envolées de dièses instinctives, c’est la Kabylie qui revient à tous intacte, sans contrefaçon, sans haine ni passion. Des soirées qui se répercutent à retourner anges et démons. Et quand résonnent les chansons cultes, "Tilemzit","Ur tufigh dacu decnigh" ou "Berrouaguia" la salle se fait militante à tendre les bras à la Kabylie que tant de sentiments, d’idées, tant d’intentions remplissent sans l’éclater.
L’artiste sait dire les confluences des temps de la Kabylie carrefour des mondes et il sait tirer du souffle puissant de ses montagnes l’ironie amère de la vie qui a fait face à ses poètes, de l’honnêteté du personnage qu’ils ont du prendre chacun à tour de rôle sans qu’ils n’en soient dupes. Dieu, ces poètes ont recouvert de grandes pages d’histoire, Si Moh ou M’Hend Mouloud Ferraoun, Mouloud Mammeri, Issiakhem, Djaout, Matoub, Slimane Azem, Hasnaoui, Ali Ideflawen, Aït Meslayen, Ferhat, Ait Menguellat, Hasnaoui Amechtouh, Meksa, Hnifa, Mohia, Brahim Izri, Lahlou, Ahmed Saber, Smail Hebbar, Les Saadaoui… Tant d’artistes qui savaient, chacun sa manière, rallumer la gloire des matins célestes comme ils savaient retracer les chroniques des luttes passées et des brutalités à venir, mais la chose politique guettent leur mémoire commune avec ses tentacules que sont les folles ambitions, le déni, l’orgueil, la vanité et les calculs insipides, elle l’étreint à la faire victime d’un horrible destin. Dans le métier d’éloquence, des artistes engagés ont vu, en leur vivant, leur combat négocié sinon sacrifié sur l’autel des compromis quand ils n’ont pas finis eux-mêmes crucifiés sur les pics hérissés de l’exil et de l’oubli.
Je ne cite pas le tout petit groupe que la vie à sucré, il nous faut nous en réjouir comme nous devons cracher sur ceux qui se suffisent des éloges quand elles leur parviennent de l’ennemi, il en est des chanteurs kabyles font dans leurs culotte quand ils sont appelés à serrer la main de Khalida. Faut-il en rire, faut-il en pleurer ? Mièvre syntaxe.
Sous l’horrible pluie, sous des neiges éternelles, tout comme l’artiste d’ici ou d’une république lointaine, Ali Ideflawen continue sa vie combinée à des médisances à son encontre mais embellie des rayons terribles de ses mélodies. Et c’est dans cet éclat immense que réside son présent et se poursuit son avenir.
Sans ses artistes, comment survivrait la Kabylie ? Alors que ses politiques se déchirent. Et même momentanément alliés, les politiques s’échangent leurs foudres et restent à les regarder se glacer sous la sombre gelée qui refroidit leurs sentiments et les rend caducs et inaudibles.
Quand la philosophie du poète kabyle est la base d’une vie libre cela pose un problème pour celui qui aspire à le gouverner ; comment gouverner un homme libre ? Dans ce cas, il faudrait mettre ostensiblement sa machine répressive quand on est au pouvoir ou alors déclencher une campagne de dénigrement de manière le déstabiliser dans sa liberté. Pour une raison ou pour une autre, le politique ne laisse jamais à l’artiste le mérite de terminer, dans l’élégance, sa contribution en beauté. Ainsi va le système, hydre aux milles chemises renouvelables.
Allez, Ali, laisse les frimer et courir après des postes de responsabilité, laisse les faire de l’antichambre chez les puissants ; ils ont un désir immodéré de l’argent. La cupidité des uns s’abreuve de la perversité des autres. Leur chef tyrannique est l’orgueil, ils sont ses esclaves soumis. L’estime qu’ils vouent à leurs petites personnes est exagérée et s’accompagne de mépris pour le politiquement correct. Dans la mesure où ils se rendent compte de leur petitesse d’esprit, leur pensée de service est inféconde, ils s’attaquent au génie et bien sûr, à la personne qui le porte en elle. C’est pour cette raison qu’ils s’affairent à abaisser l’artiste. La médiocrité rassure et l’intelligence déstabilise, disait Sartre.
Laisse faire, toi, tu entends Mohia crier de sous six pieds sous terre "Ah ya dine kassam"". Il t’a laissé l’accord musical pour qu’il ne paraisse pas le contraire de qu’il était. Alors Ali, il faut sécher ses larmes et …reprendre ses armes.
Djaffar BENMESBAH
P.S. Je salue ma cousine Malika Issad de Khressia, qui après avoir écouté Ali Ideflawen avait renvoyé son bulletin scolaire à son directeur, en rajoutant en français, au bas du document entièrement imprimé en arabe, la mention "Je quitte votre collège, je suis kabyle". Il fallait le faire à cette époque et en dehors de la Kabylie.
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D acu-t akk wagi a Djaffar ? En tout cas, c’est bien écrit...mes hommages à Ali n wedfel !
Merci mon ami,
Mohand
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Un grand salut à cet artiste et votre petite cousine Mr Ben Mesbah.
L’enseignement de votre cousine est plus une pedagogie qu’une position politique. Peut on appartenir à un pays qui nous impose une langue qu’est pas la notre ? Pourrions nous faire semblant comme si de rien n’etait et continuer à prolonger cette crise profonde, en croyant que le temps prenne des decisions que nous n’osons pas prendre ?
La cousine de Ben Mesbah est la bouche de la veritè !
Avec umiletè ecoutons la !
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