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Rouh Beslama l’artiste, journaliste algérien disparu récemment
samedi 9 février 2008, par Kader Rabia
Encore une longueur de retard par rapport à la vitesse de ta réflexion. Cela fait quelques jours que tu n’es plus parmi nous. Tu es parti. Tu m’excuseras l’ami, je ne partage pas ton génie, celui qui emplit d’aise l’homme de plume à écrire à la volée, plus précisément, d’intervenir dans la foulée. Chose sublime, ta désinvolture jouait des tours à l’imprévisible, à l’inattendu, à l’inexplicable.
Pour moi, il n’y a pas d’urgence. Alors que toi à ma place, vivant et moi dans l’autre rive, tu aurais vite et aisément trouvé les mots qui traverseront les abysses terrestres où les profondeurs du ciel, tout dépend de l’endroit où je me trouverai, pour me faire aimer la paix éternelle. Tu étais maître dans l’art de dénicher les "paroles écrites" et de faire patienter les urgences ; les "mots-remèdes" que l’on appose délicatement sur les angoisses étouffantes et les peines endurcies. Bref ! les mots du cœur.
Je me permets donc, maladroitement peut-être, d’emprunter ton style. Je prends à l’occasion, le ton de ton insolence maîtrisée !
Je me frotte à ta nonchalance simulée, jamais trébuchante. Le sérieux n’est pas toujours où - à priori - l’homme le soupçonne
Pour moi et pour beaucoup d’autres, tu n’es pas mort. tu n’es pas parti. Tu es simplement absent, tu fugues pour ainsi dire, comme tu as toujours excellé dans l’art de l’esquive.
Tu as encore la manie de fausser compagnie aux atmosphères malsaines, le culot de t’éclipser lorsque le monde réclame ta présence. Ceux qui t’ont connu conviendront, tu te soustrais à pas de loup aux ambiances pesantes. Tu te barrais dès qu’une réunion, voulue amicale, se transforme subitement en un attroupement stérile. Tu te désistais subitement à chaque fois qu’une note intruse porte atteinte à la gaàda joyeuse et sereine. Tu allais à l’essentiel même dans les boutades, les blagues et les mises au point que tu suggérais avec un sourire à la fois malin et innocent.
Tu riais de toi même pour ne pas choquer les autres ! la catharsis à ton sens est dans les mots ; elle passe nécessairement par l’autopsie approfondie des catastrophes et des comportements conflictuels des journalistes "tes hypocrites frères, tes semblables".
Tu jetais les cendres à contre courant du vent, manière de vérifier s’il ne reste pas – quelque part – une parcelle d’un manuscrit numide, ou une note de musique chaabi, égarée dans le brouhaha de la négligence humaine.
Je parle du passé au présent parce que je devine que depuis notre dernière rencontre rien en toi n’a changé. Nous avions vingt ans et n’avions pas le temps de nous connaître. Le temps de récuser nos erreurs et nos aigreurs et, celui d’enfouir nos stupeurs. Nous n’avions du temps que pour alléguer nos espoirs, nos rêves et nos chimères.
Nous nous sommes connus dans l’éclatement linguistique des années de braise, toi le francophone tu n’étais pas moins porté sur la poésie chaabi de haute improvisation. Ton ancrage à la va-nu-pieds dans les bas fonds de la Casbah, chers à cheikh El Anka, te faisaient sauter les barrières et surpasser les ornières parallèles du négativisme généralisé. Les langues ne sont pour toi qu’objets à construire, donc à séduire.
Hamid,
Nous n’avions pas du temps à perdre, nous pensions le gagner, souvent nous l’avions dompté pour, plus tard, le laisser filer.
Il était précieux pour nous le temps de défiler. Nous avions les banderoles et les fanions pour l’auréoler, pour le faire basculer et.... pour le séduire.
Hamid,
Tu avais tout d’un séducteur, tu avais la patience de l’homme du théâtre, celle de l’homme de la rue, la grande rue de la faim et du dénuement.
Tu avais surtout la patience d’écouter les autres pour mieux les définir et les séduire, le sourire amuseur qui désarme les fausses intentions nocives. Dès qu’on a fini de lire tu as déjà tout traduit. Dès qu’on a fini de s’installer, tu es déjà aux dernières bornes du lointain, impénétrable au regard.
Hamid,
Reste et demeure la où tu es ! ici bas, il n’y a plus rien à séduire.
Encore une fois, tu as une longueur d’avance. Nous sommes plusieurs à vouloir te rejoindre à grands pas et avec une grave insouciance.
Kader RABIA
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Salut KADER
Merci pour cette prière de l’absent envers un homme au pas légers comme le souffle du vent. Cet homme qui n’a cessé de vagabonder dans les méandres des cultures sans voix. Ces cultures absentes qui ne connaissent des feux de la rampe que celui qui les consume. Merci d’avoir crier au lieu d’écrire la perte d’un ami ce jour d’hiver, car en fin de compte que valent les mots devant tant de cécité
"Hamid n’est pas parti" ;Il s’est seulement absenté, le temps de changer une paire de chaussure, qu’il voudrait légères, très légères pour parcourir au son de l’IMZAD ces contrées lointaines oubliées des hommes et…. Des hommes. Hamid nous a encore joué un tour, en quittant subitement cette atmosphère nauséabonde qui a envahi sa ville ou plutôt ses villes, pour aller respirer le chant des rossignoles
Je suis sur que son dernier souffle fut un air de chaabi
Arezki u Ravi3
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