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Fetwa contre « Islam blues »

Abdenour Dzanouni

samedi 22 décembre 2007, par Marie


Ainsi donc tu as osé. Tu as tapé fort. Tu as entrepris le culot à grands renforts de l’art et de l’esprit jusqu’à livrer les porteurs du message divin au comique et à l’absurde. Tu as forgé ton talent de manière à réhabiliter le marquis Donatien de Sade. Damnation ! Ce libertin hédoniste et athée a préfacé ton bouquin, que dire d’autre ? Sur 74 années de débauche, ce dandy lascif a traînaillé sa goinfre silhouette 30 ans durant dans les geôles du ministère des prêtres. Voilà que tu le tires de l’oubli avec l’objectif premier de lui accorder une rencontre avec la joie, celle qui consiste à éprouver du plaisir à nous infliger de la douleur. Peut être que lui et moi avons le même ascendant astrale, alors ne t’étonne pas que je reprenne vie en même temps que ce débauché via ta lecture de l’histoire. Ta révision de l’histoire est déchirante, oh, tes amis mécréants diront que c’est le propre de toutes révisions, soit : au marquis Donatien de Sade sa préface et à moi la fetwa.

A te lire en ces jours de pèlerinage (tout un symbole), ce qui souffle sur les fiers sommets d’Arafat et sur le dos courbé de millions de musulmans, n’est que vent. Tu suggères que les religions prospèrent sur l’ambiguïté et le mensonge. Je parle des religions qui dérivent de la notre évidemment, elles sont au nombre de 79. Les fidèles d’une seule, et uniquement de l’une d’entre elles connaîtront le paradis. Le reste, du reliquat à anéantir, question de moyens.

Les autres religions monothéistes n’ont pour nous que l’intérêt qu’inspire le doute voué à la vénération des artisans qui les ont faites. De leur côté, le même filon que le tien a été savamment exploité. Par solidarité, je voudrai bien me donner à un original panégyrique du pape, car quand il sert la messe, on voit qu’il y croit. Beaucoup, parmi les paroissiens, se posent la question si jésus avait eu une descendance avec Marie-Madeleine, ou alors si Judas était vraiment l’apôtre félon qui l’avait trahi. Mais tous le font avec sérieux et le souci de surhausser leur religion. Alors que toi, tu passes de l’art du sens à celui du contre sens. Pis encore, tu le fais avec mésestime et déconsidération envers les fondateurs de notre ordre. Tu blagues la crédulité de mes esclaves soumis. Tu donnes de l’entrain au marketing du mystère religieux sous le spécieux prétexte que la recherche historique et la création artistique sont libres dans le pays de Robespierre.

Je le savais. Vous - les Nord-Africains, musulmans de deuxième classe – devez subir continuellement la domination par la force, car, dès que le moindre espace d’expression vous est cédé, c’est la révolte.

Je me suis interrogé sur la meilleure façon de resurgir et te voir prendre conscience de mon corps avant de sabrer ta gorge. Te laisser en vie, c’est contribuer à faire de notre religion le ressort de nombreux autres écrits à égale distance de la déstabilisation dans laquelle nous jette ton roman. Je te rassure, il y aura bien parmi tes amis laïcs qui poseront le « pourquoi l’ont-ils tué » mais à cette question, ils ajouteront une autre, lapidante, mesquine à ton goût et qui te répugne tant « qu’est ce qu’il a fait ? ». Vite fait, ton souvenir passera de celui d’un martyr d’une soi-disant liberté de conscience à celui d’un fou. Et d’autres diront, l’air désolé « …ce n’est pas comme ça » c’est à dire qu’ils discuteront la manière tout en se montrant en accord avec le principe de te tuer. Dis moi ce qu’il est advenu aujourd’hui de la mémoire de Tahar Djaout, de Alloula, de tous les poètes que nous avions fait disparaître sous l’œil complice de votre armée et de votre police.

Autre chose, ces musulmans qui se prétendent laïcs sont hypocrites certes, mais ils me servent. Ils sollicitent, manipulent, amalgament et aussi, ils troquent. Ils ont l’intelligence d’accompagner leur manœuvre – toujours à mon service - de quelques matières de notre sainte tradition qu’ils affirmeront absoutes de haine et de violence. N’est ce pas astucieux de condamner les massacres que nous préparons chaque jour qu’Allah fait tout en dédouanant la pensée qui les décrète. Pensée devant laquelle nous resterons sans conteste tributaires.

Renseignement pris, de Ziryab à Issiakhem, d’Apulée de Madaure à Kateb Yacine quel est l’artiste impie que tu n’as pas soutenu ? Sacrilège ! Ta disparition me semble, à juste titre, de la plus haute urgence.

Si je décide à me charger personnellement de ta condamnation – instinct de prédation tu diras – c’est d’abord pour m’acquérir l’honneur de la sentence et enlever l’exclusivité à tous ces rats qui prétendent à être ma relève mais qui restent, entre eux en groupe diversifié, sans moi car ils ont trouvé Ben Laden. Et bien sûr, c’est parce ta plume donne à voir le dyptique qui forme l’armature théorique de la pensée berbero-marxiste. Les musulmans, plus largement les hommes musulmans, sont fondés à dire qu’il y a danger dès lors que l’on s’affaire à traduire l’aventure de l’humanité en vérité historique.

Aussi ai-je bien quelque peu tenté de résister à la révélation qui me fut faite lorsqu’ouvrant ton satanique Islam blues, je découvris que parmi mes avoués dont Tech mekka alias Cheikh el Louat figurent des Betchine et des Belkheir ; après quelques attouchements sur les pages de ton livre, je saisis qu’un problème de saisie à fait un deuxième B au lieu d’un T au nom de Bouberma, le héros de ton récit Son meilleur profil, il est vrai qu’il s’assoit dessus, je te le concède.

Le marquis Donatien de Sade, encore lui, t’a averti. Prépare toi, je réclame ton trophée. Au nom du droit à l’expression des Hachachines, moi, Ibn Taymia, élu prédicateur en chef parmi mes pairs, te déclare toi, Abdenour Dzanouni, coupable d’apostasie et d’atteinte à la vie privée du prophète, délits punis chacun de la peine de mort. Cela dit, j’appelle les musulmans professionnels – intermittents y compris – les délinquants, les violeurs, les assassins et tous les voyous en quête de repentance, à procéder immédiatement à ton exécution.

N.B. Un bon musulman est bon intégriste, il se devra de refaire ses ablutions à la seule prononciation de ton nom. Aussi, un roman n’appartient pas seulement à son auteur, il appartient aussi à ceux qui le lisent. Ces lecteurs renégats sont concernés par la présente fetwa. Puisse leurs cadavres former la passerelle entre ce bas monde et le paradis.

Texte traduit par Djaffar Benmesbah.

 
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Pour Islam blues…
Yasmine Khelloui à ecrit le 24 décembre 2007 à 15:25

Enthousiaste, je m’empresse de vous faire partager le plaisir de lire « Islam blues », le roman de Abdenour Dzanouni. Cette œuvre brille par la qualité, la précision, la concision, la musique, la luminosité de sa langue narrative, vibrant comme une peau tendue du rythme trépidant des événements contés. Et quels événements ! Je vous laisse découvrir ce récit et son ensoleillement africain. Vous vous délecterez de ses pages savoureuses tout en découvrant_ doux euphémisme_ une expression de caractère où, selon la formule du divin marquis qui orne d’une préface magistrale l’œuvre, l’auteur s’accorde de tout dire car il le dit bien..

Abdenour Dzanouni est journaliste. Il a été le dernier Directeur du quotidien « Alger républicain », un « atelier d’écriture » qui a vu passer dans sa rédaction, Albert Camus, Mohamed Dib, Kateb Yacine, Henri Alleg, Abdelhamid Benzine, Saïd Mokbel, Mohamed Benchicou… et d’autres encore dont le chant a été interrompu par les balles assassines.

En vous confiant « Islam blues », je vous souhaite bonne lecture ainsi qu’à vos amis à qui, à votre tour, vous en recommanderez la lecture avec empressement. Ils vous diront mille merci de leur avoir fait découvrir cette œuvre fascinante.

Yasmine Khelloui

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Réalité incontestable
Akli si Vgayet à ecrit le 18 janvier à 19:23

Je le savais. Vous - les Nord-Africains, musulmans de deuxième classe Vous avez raisons nous le serons toujours tant que l’Islam n’est pas remis en question. Car,étant donner, qu’il et le vecteur de la (notre) deuxième classe. "Avant, ils possèdent leur Coran est nous possédons notre terre. Aujourd’hui ils possèdent notre terre et nous possédons leur Coran." (fihel Awal) N.B. Un bon musulman est bon intégriste, il se devra de refaire ses ablutions à la seule prononciation de ton nom

Les ablutions musulmanes, se font 5 fois par jours, mais, pourtant,leurs sac d’ordure (en nylon noir) ils les balancent à travers leurs fenêtres. Ce qui explique le manque de propreté dans leurs villes.(Fihel Awal)

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