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3. Imprégnation de l’islam dans la société algérienne

Peux-tu nous parler de l’imprégnation de l’islam dans la société algérienne. L’islam y est religion d’État mais qu’en est-il du mariage d’une musulmane avec un non-musulman ou de la possibilité de quitter l’islam, de la liberté de blasphémer et des autres conséquences de la religion musulmane ?

Halim AKLI : J’aurais tant aimé pouvoir aller à l’encontre du devoir d’éthique en affirmant que l’islam ne fait pas partie des données sociologiques qui régulent les comportements collectifs et individuels dans la société algérienne, mais ça serait faire offense au père de la sociologie moderne, Ibn Khaldoun en l’occurrence, en faillant à la rigueur scientifique.

J’aurais tant aimé pouvoir affirmer qu’après des siècles d’existence hégémonique en Afrique septentrionale, l’imprégnation de la religion musulmane dans la société n’est que relative, mais, là encore, j’aurais cédé à mon ego en prenant mes illusions pour des réalités, ce qui aurait été grave. Nous parlions plus haut d’esprit critique et de rationalité qui sous-tendent la laïcité et en tant que laïque, je me dois de m’en tenir à la réalité tout en essayant d’apporter des éclaircissements à même de permettre de mieux percevoir les enjeux de cette réalité qui se diluent souvent dans la perception globale qu’on se fait de la place de la religion dans cette région du monde.

En effet, « L’islam est la religion de l’État » selon l’article 2 de la constitution algérienne. Avec des variantes portant sur des alinéas d’ordre politique et autres, comme le renforcement des pouvoirs du président, la reconnaissance du multipartisme…etc. l’article consacrant l’islam religion de l’État algérien n’a pas bougé d’un iota et ce, depuis 1962. Les répercussions de cet article sur la société dans son ensemble sont assez édifiantes puisque, pour ma part, je considère que si cette clause ne constitue pas la source essentielle de tous les maux qui se sont abattus jusque là sur le pays, il fait en tout cas partie des causes principales de la grande dérive algérienne. Alliant le socialisme soviétique au panarabisme abdenasserien, le régime algérien s’est attelé, dès le début, à réprimer tout idée de pluralité, de sorte que l’unicité de pensée et son corollaire l’inquisition, étaient érigées en dogme officiel : Une langue, l’arabe. Une religion, l’islam. Un parti, le FLN. Un journal, El Moudjahid. Une chaîne de télévision, la chaîne de l’État qui sévit encore à ce jour. Un président à vie… Cet état de faits s’était traduit sur le terrain par le monopole exclusif de l’information et des médias qui ont versé dans une propagande mi Khoumeiniste mi Brejnévienne qui durent encore depuis 50 ans. L’école n’est pas en reste puisque relayant le discours officiel, l’esprit critique et la rationalité avaient été sacrifiés au profit du dogme et du culte du régime. Toute voie discordante est tout de suite matée et réprimée. Des crimes d’États ont été perpétrés, des arrestations et des emprisonnements arbitraires ont été opérés sur des milliers de militants démocrates… bref un climat de suspicion et de peur avait régné des décennies durant, produisant dès le début des années 90 les conséquences dramatiques que l’on sait, puisque l’école et la mosquée se sont relayées pour endoctriner des générations entières d’algériens qui ont été, par la suite, encadrés et envoyés en Afghanistan et au Soudan pour se former au maniements des armes et revenir en Algérie semer la terreur et mettre le pays à feu et à sang, au vu et au su des dignitaires du régime algérien qui continuent à ce jour de s’accrocher à la manne pétrolière en reproduisant les mêmes réflexes et les mêmes comportements de compromission avec les intégristes. Ces derniers, après leur défaite militaire due à la résistance citoyenne, au jeune appelé dans l’armée et au petit policier du quartier, acceptent ce jeu en eau trouble, en misant sur le long terme. Ainsi, dans une opération sans précédent de blanchiment d’argent du terrorisme et des terroristes, des égorgeurs et des violeurs reviennent par la grande porte, narguant la veuve et l’orphelin, se recyclent dans une économie de bazar et organisent des réseaux de soutien aux projets de construction de mosquées et de salles de prières qui s’emparent de la moindre parcelle ou espace vert dans les hameaux, cités et quartiers. A l’ombre du chômage endémique, d’absence de loisirs, de culture et de lieux de détente, une jeunesse désabusée constituant près de 75% de la population, est livrée sans défense ni protection aux prédateurs islamistes qui usent de corruption pour attirer leurs proies.

Ce tableau succinct aide à comprendre la violence inouïe avec laquelle le citoyen algérien a été, des années durant, conditionné au mysticisme pour fabriquer des générations entièrement coupées de leurs repères socioculturels et dotées d’une identité de substitution qui les met souvent en conflit avec leurs ascendants, constituant de ce fait, une véritable réserve pour les recruteurs terroristes. Ainsi, dans certains endroits, l’on assiste à l’apparition de comportements nouveaux qui peuvent aller jusqu’à l’agression physique contre un contrevenant à un principe religieux tel que le ramadan, encouragés en cela, c’est vrai, par des arrestations opérées par la police officielle sur quelques personnes qui osent montrer en public qu’elles ne jeûnaient pas. Ceci s’est répercuté sur l’ensemble de la société qui, évitant de s’attirer des tracas « supplémentaires », préfère taire sa chrétienté, son athéisme, voire même sa judaïcité. La réalité, comme vous le voyez, est assez paradoxale puisqu’on a beau clamé une islamité totale des algériens, du reste doctrinaire, il n’en est pas moins qu’au-delà des spécificités régionales, de plus en plus d’algériens manifestent leurs autres confessions et leur athéisme sans aucune velléité d’offusquer mais prenant le risque majeur d’être agressés par les uns ou par les autres. En outre, dans certaines régions où la laïcité traditionnelle y est plus tangible, chrétiens, athées et musulmans vivent en parfaite harmonie leurs différentes conceptions de la vie, au grand dam des islamistes qui persévèrent dans leur travail de sape tendant à briser cette entente rendue possible par ce cadre merveilleux de vivre ensemble qu’est la laïcité et par un pouvoir en perte de vitesse et ayant complètement perdu sa main mise sur ces territoires, contrairement à d’autres endroits du pays où il continu d’exercer sa toute-puissance à travers des apparatchiks locaux.

Ce qui se passe dans la rue, dans les villages et les quartiers a l’avantage de mettre en exergue la posture peu reluisante de l’intellectuel algérien qui, loin de relayer cette émancipation qui s’opère au niveau du petit peuple, fausse compagnie à celle-ci par peur, par opportunisme ou tout simplement par indignité. Cela n’est pas sans dissuadé la hardiesse d’en bas. Des penseurs qui ont assumé leur athéisme se comptent sur les doigts d’une seule main. Lors du décès de Kateb Yacine en 1989, un ministre avait tout simplement déclaré que l’illustre auteur de Nedjma « …n’ouvrait pas le droit d’être enterré en terre d’islam ».

Concernant la question du mariage, énormément d’Algériens n’accordent plus aucune importance à la confession de leur futur conjoint quand ce mariage venait à être légalisé en dehors de nos frontières, c’est-à-dire, loin de l’administration algérienne qui oblige la conversion systématiquement du conjoint non musulman à l’islam, à défaut de quoi, le mariage ne peut être établi par l’état civil, ce qui n’empêche guère des couples de vivre en ménage et sans aucune reconnaissance officielle de leur union ; ce qui est une sacrée transgression aux principes religieux qui régissent les liens du mariage !

Cette réalité que je décrits ne plaira pas aux tenants du statu quo et autres gardiens du temple moral autoproclamés, mais la réalité de l’ampleur de ces audaces citoyennes en est beaucoup plus large qu’on le croit. Cela illustre, par ailleurs, la nature séculière profonde de la société nord-africaine qui explique pourquoi l’obscurantisme religieux, avec ses génocides et sa terreur, avec ses moyens et ses armes, avec la complaisance dont il bénéficie de la part du(es) pouvoir(s) en place, n’arrive pas à y instaurer sa chimérique république islamique.

A suivre
Entretien réalisé par Youri K.

Commentaires

9 Messages de forum

  1. Un tout petit peu d’eau au moulin sur.. L’islam religion d’état tel que stipulé en entier …Article 4 du 10 Sept 1963..de la première constitution de “La” République Algérienne Démocratique et Populaire telle que signée par l’Ex-Adjudant) ... et le Ramadan qui vient avec bien sûr... pour tous (tes) y compris (es) les non-pratiquants (tes). Quand est-il du prix aujourd’hui en 2009 avec inflation depuis 1963 ?

    Coût : quelques coups poing ..et de pied avec gifles..et autres humiliations ..crachats...et comme final.... laver les WC du commissariat, Bd Amirouche, pour non pratique du ramadan ... même si fait en toute discrétion par respect pour les autres qui le pratiquent.

    Prix bien connu des étudiants de la Fac d’Alger, avec triste résignation pour certains a la petite croûte de pain, gâteau ou autre, avec cigarette pour fumeurs.. a l’intérieur du périmètre de la Fac mais en toute sécurité ...au lieu des sandwiches bien beurrés et boissons pris a l’un des cafés juste d’en face ..et oui, certains lieus publiques étaient ouverts a l’ époque et … avaient même un petit coin bien reclus réservé pour cela, car comme toujours et depuis la nuit des temps... Business a toujours été Business- !

    C’était il y a plus de 42 ans, bien avant la révision avec raccourcissement de cet Article 4 juste au début de l’implantation en force de cet Arabo-Islamisme du Colonel , qui un fois son coup fait. a commencé la lancée de ces premiers agents... en civils, bien costumés et en cravate….a qui il valait mieux de pas avoir a faire. ..Souvenirs..souvenirs.. en bon Kabyle ..cela se dit...

    ….” Eḍ win igjerven ig seqaṛen ya hlil..” ..(C’est celui qui est passé par là (a fait l’expérience) qui peut dire : c’est vrai ( je comprends))

    e-miss n mohand oujaafer

  2. Addendum : Pour mieux comprendre le début de mon message, voici l’article 4 dans son conteste et tout entier :

    Article 1 : L’Algérie est une République démocratique et populaire.

    Article 2 : Elle est partie intégrante du Maghreb arabe, du monde arabe et de l’Afrique.

    Article 3 : Sa devise est : Révolution par le peuple et pour le peuple.

    Article 4 : L’Islam est la religion de l’Etat. La République garantit à chacun le respect de ses opinions et de ses croyances, et le libre exercice des cultes.

    Article 5 : La langue arabe est la langue nationale et officielle de l’Etat

    …..bla…bla…bla jusqu’au dernier article….Article 78..

    Les choses ont bien changées..après un certain jour de... juin 1967...et tout le reste

    e-miss n mohand oujafeer

  3. Cher Hakim Akli, Tu es en train de nous dire que l’Algérie est un pays islamiste, son peuple est islamiste dans son immense majorité, ses lois sont islamistes, sa culture est islamiste etc.... Mais qui en doute ? Mieux encore, le peuple l’a démontré un certain janvier 1991. La démonstration se poursuit et se généralise. Maintenant ce n’est plus le peuple qui cherche à démontrer son islamité, mais c’est chaque individu qui le clame, le proclame et le réclame.

    Algérie pays arabe et musulman est une maniére de dire algérie integriste fondamentaliste.

    Come tous les pays arabes, d’ailleurs !

  4. L’Algerie officielle est musulmane donc l’absolut cèléste se fait norme et repesentants absolutisés : ainsi les doosaures du FLN grace au verbe divin remplissent les urnes et sauvent les ames. Un paternalisme qui fait de toute la société un aglomerat de mineurs. Les systemes absolus ne se rèforment pas ils s’écroulent si les conditions externes y sont au rendez vous oubien ils se consolident. Ce qui arrivé avec le fis : souder societé et pouvoir dans un monobloc ou l’ésprit dialectique est bani. un pas en avant en plus du fln qui interdisaait d’autres partis. Grace à la Kabylie ou l’artde penser est ancré depuis des millenaires la lueure d’éspoir est permise. Ainsi ce qui etait acquis est devenu relatif : les plus grands laic en Algerie se trouvent etre issus des marabouts : la dèconstruction est en cours. Les masses se dètacherons de plus en plus ils acquierent des droits. Or, dans un contexte où vous achetez vos droits le conformisme est induit. La pseudo-culture araboislamique a ancré le devoir etre et l’etat si l’on peut conventionellement l’appler ainsi emboite le pas pour contruire un "consensus minimal autour de son vide déssence. Il faut dire aussi que l’interprétation ,au rabais, de la culture laique, qui donne l’image de manque de limites fait peur aux plus faible : l’alccol qui n’est pas symbole de liberté meme en occident est élevé à embléme par des pseudo-libertaires. De meme le sexe. la "libert" sexuelle, un non sens, dans toutes les cultures fait écran à la liberté et responsabilité de l’entité homme/femme gouverneurs de leurs instints. Tout un ensemble d ?éléments qui font que dans notre pays tout avance grace à l’inertie. Le systeme ayant poussé à l’éxile ceux qui pouvaient penser et orienter. Le consummerisme d’importation risque de produire plus de confusion dans une société en manque de moyen d’interpretation. Mais pour se situer dans le contexte économique globale comme sujet et pas objet passif il faut au préalable avoir une identité claire forte reélle. Le futur n’est que l’adaptation du passé corrigé.

  5. Aux Etats-Unis qui est une démocratie la langue est l’anglais pourtant ça devrait être l’indien ,la religion officiel est le christianisme alors que ça devrait être le chamanisme . Si l’Algérie était islamiste les filles ne marcheraient pas habillé comme ça dans les rues d’Alger ,d’Oran ,de Annaba ou de Béjaia ,si l’Algérie était un pays islamistes tous les politiques porteraient la barbe et y aurait plus de cabarets .

    Thiziri-Nwen répond :

    avec cette cadence, tu seras comblé.

    Mais nous aurons arrachée la Kabylie de vos griffes.

    kaci répond :

    Avec Obama c’est le premièr pas vers la correction des erreurs du passé. Les Indiens ont permi le colonialisme en échange du Wisky. Les berberes arabisés par l’izlam-islamisants c’est contre de la dope soft-l’islamisme- qu’ils ont cèdé leur dignité. Ameth garfa igguets nadhin thikli n’tsekkourth...." : les vrais arabes vous haissent les Amazighes vous vomissent !

  6. une analyse social & politique de la réalité Algérienne-Mme Salima Ghezali

    http://www.youtube.com/watch?v=F2Rt...

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