Accueil > Actualités > Une > Kabyle.com : Stéphane à coeur ouvert
Marie : Le climat ne semble pas être au beau fixe au sein de la SARL kabyle.com, au point que tu as informé les internautes, à plusieurs reprises, de ton désir de démissionner de ton poste de gérant. Les causes de ces mésententes ne datent pas d’aujourd’hui, n’y a-t-il pas moyen d’arranger les choses entre les différents actionnaires ?
Stéphane : Il est plus sage de laver son linge sale en famille, pour moi les Kabyles sont ma famille. Marie, nous partageons des idées communes sur la Kabylie libre et sur la défense de l’intérêt de notre peuple aussi j’ai accepté de répondre à tes questions malgré les petites querelles que beaucoup ont exploités à nos dépends. En revanche je vois toujours en toi une professionnelle du monde littéraire et culturel capable de transformer les mentalités. Ton site est une glissière de sécurité pour le combat que nous menons même si je n’en partage pas l’approche frontale vis-à-vis de l’islam.
J’ai toujours redouté que ce pouvoir d’information ne soit détourné. Je ressens intérieurement chaque nouvelle couverture de une. Il faut bien comprendre la démarche et l’introspection qu’elle nécessite à chaque fois pour restituer un message à l’ensemble des internautes. Corporellement j’ai affronté l’arabisation, j’ai gardé les traces de livres d’apprentissage de l’arabe qui conservent des traces de sang et les feuilles trouées par mes larmes. L’amour pour mon père et mes grands-parents Kabyles, leur exil, ma douleur en découvrant qu’ils avaient tous disparus.
Le fait que la recherche dans l’intérêt des familles m’avait caché la vérité, que bébé on m’a caché dans une cave, où j’ai grandi, que ma jeune tante est morte de froid et de faim, quelques jours après son arrivée de Kabylie, dans les bras de mon père, m’obligent à accomplir un devoir immense dans le but de réparer les blessures de l’histoire en faisant en sorte de redonner à notre peuple la dignité qu’on lui a retirée. Comme pour moi, on lui donne une identité qui est fausse et on l’a privée de ses droits pour devenir entièrement libre.

Pour extraire le site de mon histoire personnelle, le média est détenu pour moitié par deux autres associés. Il est ainsi advenu, pour ne pas perdre tout le travail entrepris depuis 1997, voyant les convoitises qu’il suscitait. Influencé, j’ai choisi l’option de la société bien que cela ne soit pas la finalité que je recherchais vraiment. L’autre paradoxe c’est que Kabyle.com est le premier site kabyle au monde, bien qu’il soit réalisé dans un petit bureau à Lyon.
Le procès de BRTV n’a en rien arrangé notre situation bien que nous ayons obtenu gain de cause avec le journaliste Anzar. Nous devons compter encore trois ans pour nous remettre des dépenses occasionnées par ce procès.
Devant ces coontraintes et les exigences de travail j’ai des difficultés, au quotidien, à m’entendre avec l’un des associés. Celui-ci m’a proposé de quitter la gérance pour me remplacer par l’une de ses connaissances, voyant que cette tâche m’accaparait, ce que je n’ai pas pu accepter. J’ai ensuite proposé d’intégrer trois collaborateurs dans la société ce qui a créé un nouveau conflit. Impulsif, j’ai à chaque fois réagi publiquement. Pour éviter que cela ne se reproduise il a proposé un règlement intérieur qui était censé me museler. Il faudrait le départ de cet associé ou que l’on opère une revalorisation du capital pour arranger les choses.
Le mot actionnaire est complètement inapproprié : il s’agit de parts de capital d’une petite sarl de presse qui ne demande qu’à grandir sereinement et à être accréditée par des instances européennes et internationales comme organe d’expression du peuple kabyle.
Marie : Lorsque je faisais du bénévolat, sur ton site, il y avait une ambiance fraternelle et sympathique qui s’est transformée en un climat malsain dès le changement du site associatif en SARL. C’est d’ailleurs à cette époque qu’un actionnaire m’avait demandé de prendre des noms de domaines, dont kabyles.net, que j’utilise actuellement, afin de prévoir une séparation avec toi. Après mon départ, je constate que la situation ne s’est guère améliorée.
Stéphane : Tu me l’apprends. Pour cette interview fictive de Nicolas Sarkozy, j’étais étonné de ne pas trouver de photos de l’événement. Tout ce petit monde est démasqué, leurs réseaux avec eux. Je tente de reproduire cette même ambiance avec les anciens Tassadit et Djamel et les nouvelles recrues Gaya, Larbi notamment. En novembre 2009 ce sera les 10 ans de Kabyle.com avec ce nom de domaine. Une grande fête sera organisée avec l’invitation de nos correspondants et le soutien de la presse locale et d’associations lyonnaises. Des artistes ont déjà confirmé leur présence. J’aimerais que cela soit l’occasion d’un grand concert de fraternité avec GAB sur scène et Lotfi Double Canon un rappeur kabyle arabophone d’Annaba.
Je ne te remercierai jamais assez pour ta participation importante en tant que bénévole à Kabyle.com, tes actions positives de solidarité dont l’opération pour le séisme de Boumerdès. Tous les deux nous avons, en commun, cette recherche constante du titre accrocheur, de la relecture, l’esprit d’archiver ce que j’ai beaucoup de mal à retrouver…
Cette ambiance chaleureuse je la retrouve avec mes principaux collaborateurs à Lyon Dalil, Hamid… et Tassadit avec qui je suis en contact permanent au Québec. Il faudrait que l’on identifie et que l’on échange plus avec toutes ces personnes.
Marie : Qu’en est-il de la boutique, les internautes sont-ils consommateurs ou rechignent-ils à acheter les produits mis en ligne ?
Stéphane : Voilà un domaine d’activité stratégique sinistré qui reflète, à lui seul, le mal que nous connaissons. La boutique réalisée avec os-commerce a bien fonctionné avec au moins 500 commandes en l’espace de trois ans. Nous bénéficions d’une confiance privilégié avec la Banque Populaire de Loire et Champagne. Dès lors que nous avons commencé à subir des attaques sur le serveur il a fallu réagir, dans le feu de l’action, pour mettre à jour le noyau de linux. A chaque mise à jour de l’O.S. les scripts installés réagissent différemment. Nous avons changé de logiciel, aucun produit n’a été valorisé dessus, et il m’a été impossible de former les personnes à son utilisation.
Je pense aussi que les démarches auprès des producteurs locaux en bijouterie et artisanat n’ont jamais pu se faire correctement. Cette activité est centralisée sur Paris. Des cd, des films, des livres etc. sont stockés sans qu’ils soient mis en vente ou présentés sur le site. C’est un triste gâchis, étant donné que nous pourrions davantage travailler avec des éditeurs, en Kabylie notamment, et des maisons de productions diverses ; mais j’ai le sentiment que notre affiliation avec une maison de production parisienne, que tu connais bien Marie, fait écran à cette réussite.
Marie : La vente et la publicité te permettent-elles de t’octroyer un salaire et de rémunérer les rédacteurs ?
Stéphane : J’ai toujours fonctionné au sens de la majorité et dans l’intérêt de la structure sans salaire, sans aucune note de frais. Je cherche avant tout à rémunérer nos correspondants locaux. Il faudrait beaucoup plus de clics sur les publicités, que nous doublions l’affluence de notre site pour commencer à envisager un salariat. Non seulement la culture kabyle ne rémunère pas au niveau des régies mais elle est englobée dans des critères géographiques pas du tout pertinents. On est guère surpris de voir que nos contenus sensibles sont filtrés sur Google actualités, le dernier en date concerne l’hebdomadaire arabiste de Bgayet qui titre sur Ben Badis.
La seule alternative à la réussite du projet Kabyle.com peut venir d’une aide financière de la région Rhône-Alpes, de l’Europe afin de concrétiser des voyages, et des rapprochements entre notre siège social à Lyon, son équipe et les militants en Kabylie.
Marie : Tu es à l’origine de ce site, qui ne serait pas ce qu’il est sans tes coups de gueule et tes interventions, si tu le quittes, que deviendra kabyle.com ? Une boutique ou la ligne éditoriale actuelle sera-t-elle conservée ?
Stéphane : Je dis toujours que Kabyle.com nous survivra. Ce média est entré dans l’histoire. Chaque papier est un élément de notre mémoire. Nous allons presser sur cd-rom les archives de Kabyle.com, ce qui permettra dans 50 ans de revoir Malek Chelil, Hocine Messaoudi et tant d’autres que nous avons eu plaisir à faire connaître au public. Si c’était à refaire le site s’appellerait kabylielibre.com. Internet s’installe dans chaque foyer en Kabylie pour 400 Da, c’est très récent : les Kabyles n’ont pas encore fait leur révolution numérique. On sent que les idées d’autonomie sont majoritaires. Grâce au net on comprend que les médias de presse écrite sont complètements inféodés au régime.
La révolution va venir de la vidéo et de la visioconférence en provenance de Kabylie : ce qui permettra un lien direct, un apprentissage accéléré de la langue. Kabyle.com qui gardera toujours dans son code génétique la marque d’une réaffirmation identitaire avec l’assassinat de Matoub en 1998, la création du CMA, se transformera selon le principe d’évolution propre aux mouvements du média internet. Je le vois comme un média constitué de webcam, d’édito-vidéos hebdomadaires aussi sous la forme d’un portail de partage de connaissance avec le développement de bibliothèques interactives et ebooks. Mohamed Gaya qui intègre l’INALCO participera à ce changement radical où nous donnerons au moins une info par semaine en langue kabyle.
Régionaliste, sioniste dans l’âme, j’ai très souvent fait en sorte que mes opinions n’interfèrent pas sur l’essence même du journal en ligne. J’aurais dû, sans doute, sortir un peu plus de ma réserve. Si le futur le permet, je tenterais de me rapprocher des mouvements corses, québecois, antillais et basque et d’ouvrir Kabyle.com à tous ces peuples premiers, mais encore une fois il faut distinguer le rôle de responsable de publication et celui de rédacteur en chef : nous sommes en pleine collusion, seul un comité de rédaction sera la solution où l’on partagera des idées et où l’on fera évoluer la charte éditoriale.
Différentes tendances peuvent s’exprimer sur notre portail sauf que nous fixons une ligne de conduite fondée sur la primauté de la Kabylie, ce qui explique notre ancrage cognitif différent de tout ce qu’on peut rencontrer sur internet.
Marie : Tu as une sensibilité à fleur de peau et tu es toujours très affecté par les injures émanant d’internautes. Après tant d’années passées à administrer ton site, il serait bon pour ton mental de ne pas tenir compte des insultes. Il est vrai que des compliments de temps à autre nous feraient un bien fou, et nous encourageraient mais il faut croire que les insulteurs ont plus de temps, pour écrire, que les complimenteurs. Que penses-tu du comportement de ceux qui, sous couvert d’anonymat, se permettent insultes, critiques et diffamation ?
Stéphane : Comme je l’ai dit au début de notre entretien : j’ai suivi une formation au combat durant mon enfance en Tunisie. J’ai appris l’arabe et j’ai beaucoup de cartes en main, comme un passeport tunisien, bien que je sois Kabyle. Les personnes qui me connaissent bien on reconnu une force de mental, sur internet quelques uns l’ont assimilé à une capacité « meurtrière » pour reprendre leur mot. En Tunisie on a voulu faire de moi un Arabe : j’ai gardé mon prénom Stéphane alors qu’ils voulaient m’appeler Sofiane. Livré à moi-même en France, j’ai aussi vécu deux exils, ce qui m’a endurci au fil des années, donc ne t’inquiètes pas pour mon mental.
Une plainte vient d’être déposée en octobre avec une perquisition en cours concernant un blog qui s’est donné comme seul objectif de nuire à Kabyle.com.
Je suis devenu une cible c’est sûr en affichant mon nom, épié même. Un jour je reçois un mail d’un anonyme qui me précise le lieu de vacances de ma mère avec les insultes qui l’accompagnent. Combien de fois avons-nous Jean-Paul et moi détectés des tentatives d’intrusion, non seulement sur le serveur, mais aussi chez nous, sur nos machines. En Kabylie j’ai été suivi et je sais que je risque la prison ou pire encore à mon arrivée. J’ai vraiment hâte de posséder un passeport kabyle pour pouvoir circuler librement vers mon pays, la terrre où est enterré mon grand-père.
Marie : La colère est mauvaise conseillère, tu réagis souvent trop vite. Les internautes souhaitent que tu reviennes sur ta décision. Kabyle.com sans Stéphane ? Bizarre, après toute la peine que tu t’es donnée. S’il manque l’ingrédient principal dans une recette qui marche…
Stéphane : C’est l’un de mes défauts nécessaire à la réaction. La recette ce n’est pas moi, c’est l’union de tous les sites qui s’inscrivent dans la démarche de Mouloud Mammeri, de projets qui se construisent autour de webmestres aux personnalités très affirmées dans leurs convictions. Encore faut-il que l’idée d’un chef de projet soit acceptée, ce qui n’est pas encore gagné, quand certains considèrent que tout leur est acquis et que ce qui est amazigh leur revient de droit, surtout si l’on s’y associe de près.
Marie : Tu as répondu à la plupart des questions que se posent les internautes suite à ta déclaration qui a ébranlé la Toile. Dans la seconde partie de notre entretien, j’aurais d’autres questions à te poser sur ta démarche particulière, à la recherche de tes origines, comme l’ont fait Daniel Prévost, Dany Boon et tant d’autres qui se revendiquent Kabyles. Grâce à des personnes comme toi, nous finirons par sortir du panier de crabes dans lequel nous a plongé Napoléon III. Internet nous permet de nous faire connaître et les politiques se verront dans l’obligation de tenir compte de nos avis, en cessant de nous arabrutiser à tout prix.
Marie A.K.
MARZOUK Marie,pourquoi vous ne refaites pas de nouveau equipe avec Stephane ??
Pour Stéphane qui j’ai découvert grâce à Marie de Kabyles.net, j’ai beaucoup d’admiration.il appartient à cette catégorie d’hommes dont le destin fait forcément d’eux , des êtres supérieurs.Merci à Marie de m’avoir fait découvert Stéphane. cordialement abdenour iferhonene.unblog.fr
Sacré stepehane tres spontané et tres impulsif. L e monde de l’information demande du sang froid et un controle de soi perpetuel. Les lecteurs ne peuvent rentrer dans les couers des uns et des autres pour denicher le vrai du faux. les internautes ne sont pas non plus censé connaitres les problemes qu’ils a avec ses associés. L’image qu’on donne de soi est de loin plus importante que ce que nous sommes. bon courage
Azul,
Moi, je trouve cette entretien rigolo. On se croirait au cirque. Bonne journée et bonne chance.
azul fellak arami
dommage pour nous on arrive jamais à faire q chose de bien pour notre culture ,toujours des querelles qui ne servent à rien, mais arami je te connais tu es sincère et honnète ,une seule chose tu nous a jamais écouté ""nous les lyonnais" j’espère que tu vas reconstruire qq chose avec tes amis lyonnais . par contre monsieur arami il ne faut induire les interneautes en erreur ""anzar n’a jamais été journaliste ,il a meme pas fait le lycée "il travaillait dans une usine à azazga avant de venir demander asile ici en france .
tout à fait d’accord !
Pourquoi ne pas virer cet "entretien" du site ?