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Plongée au coeur des pratiques malhonnêtes du monde de la musique kabyle
mardi 20 février 2007, par Diaspora
L’interview de Lahlou dénonce certaines malversations de radios, télévisions et de maisons de production.
Notre site, étant pour la liberté d’expression, est ouvert à tout Kabyle qui désire s’exprimer. Les propos tenus par les personnes interviewées n’engagent que leurs auteurs.
Le chanteur Lahlou a 30 ans de carrière, la tête pleine de projets et le regard ironique de celui qui a vu beaucoup de choses. La musique, il la pratique depuis les années 70, lorsqu’une nouvelle génération de chanteurs kabyles engagés fait trembler l’Algérie des années de plomb. Ce musicien a lui aussi connu le succès avec des titres comme " Dir la Chaïne ", "A Zzin", "Sidi Belloua", . Des succès pour Lahlou bien sûr, mais hélas aussi pour ceux qui ont plagié cet artiste. Car disons-le tout net, l’Algérie est devenue la terre promise du plagiat et de la contrefaçon. Lahlou a accordé une interview à Kabyles.com : il nous parle du coffret retraçant sa carrière, mais également de la censure dont il a été victime au sein même des médias berbères.
Le sujet étant sensible, nous avons modifié et clarifié certains points avec l’artiste et ajouté une liste des chansons plagiées.
Il va falloir vous présenter aux jeunes et moins jeunes qui ne connaissent pas Lahlou.
Je suis auteur compositeur. Je suis venu à la chanson dans les années 70. Je chante la vie au quotidien, tout ce que je vis et directement ou indirectement.
Tes chansons sont-elles diffusées sur les ondes algériennes ?
À la radio algérienne, non. A la télévision non plus. Ou plutôt, elles sont diffusées, mais interprétées par des gens qui m’ont plagié.
Comment ça ?
Pour ne parler que de celle-ci, j’ai sorti la chanson Sidi Baloua en 1991, ça a été un grand succès ici en France où elle a été classée première au hit parade Beur FM devant 1.2.3. Soleil de Khaled, Faudel et Taha. Pendant trois semaines, elle a occupé la deuxième et la troisième place. Par la suite, j’ai décroché la première place. Puis, comme le ramadan est arrivé et comme ils sont habitués à la censure un peu partout, l’animateur a promis de reprendre la compétition après le ramadan. Malheureusement, ils ont repris sans moi, ils m’ont viré. Logiquement, ils auraient du continuer jusqu’à ma sortie du hit parade.
Donc de la censure pour commencer...
Oui, on commence par te promettre un peu de lumière, puis on tire le rideau. Par contre, di tmurt [en Kabylie] ça a été un beau succès. Le premier à avoir plagié cette chanson est Farid Braik en 1996, puis par la suite c’est devenu une mode. On m’a plagié parce qu’ici j’ai eu un grand succès, mais que je n’ai pas pu trouver de producteur pour racheter la licence et me distribuer là-bas. Ils m’ont donc proposé de racheter les jaquettes de cassettes à cinq dinars pièce, ce que j’ai refusé. Je leur ai dit « ça m’a coûté 100 000 francs et cinq ans de travail, je ne vais pas m’amuser à revendre les jaquettes pour me faire pirater par la suite ». Cela m’est arrivé une fois avec la maison de production Akbou Music en 1985 pour la cassette Dir la Chaîne, A Zzin ". Ils ont vendu les cassettes sans les jaquettes. Donc je ne voulais plus entendre parler de ce système de jaquettes à cinq dinars.
En janvier 1994, la presse algérienne a parlé de votre procès contre l’ONDA.
Je ne suis pas en procès contre eux. Comme vous le savez, c’est une association de défense du droit des artistes. Au moment important, elle n’a pas joué son rôle. Je suis membre de l’ONDA depuis les années 70, malheureusement, je n’ai jamais perçu le moindre centime jusqu’au moment où je me suis plaint et je n’ai reçu que des sommes dérisoires, des miettes : c’est à dire 7988,98 dinars en 1997 et 3688,61 dinars pour l’année 2001.
Par contre pour Farid Braik, les contrôleurs de l’ONDA m’ont dit qu’il avait dépassé le million d’exemplaires en cassettes, CD, vidéo, VCD et autres. Il y a eu Farid Braik, Farid Gaya, Djamel Lahcène et beaucoup d’autres (arabophones ou berbérophones).
En 2004 ; Izem, par exemple a sorti des cassettes de deux chanteurs avec mes chansons... Soit il n’a pas tenu compte de l’interdiction de la Direction générale [de l’ONDA] de reprendre mes chansons, soit il y a eu corruption. Parce que je ne veux pas de ces reprises. Quand j’entends ces destructeurs de l’art reprendre mes chansons en les saccageant, cela me dégoûte et me donne des nausées. Vous vous rendez compte, je suis tombé dans le domaine public de mon vivant ! Il n y a que chez nous que cela peut arriver.
J’ai vu donner l’autorisation de reproduction de mes oeuvres à des producteurs malgré les lettres d’interdiction de la direction générale de l’ONDA. Je me demande s’ils sont là pour nous défendre !
Comment cette affaire a-t-elle évolué ?
On est resté au même point. J’ai pris un avocat qui était incompétent, ça n’a donc rien donné dans un premier temps. Depuis, j’ai pris un autre avocat qui m’a promis de remettre de l’ordre dans tout ça. Il n’est pas question que ça dure, ça m’a d’ailleurs empêché d’écrire et de composer. Dernièrement, j’ai sorti deux nouvelles chansons, dont une reprise de "Sidi Belloua" que j’ai intitulée "Qoqoêo" pour dénoncer les artistes plagiaires et leurs producteurs. L’autre chanson est un hommage à Matoub Lounès intitulée Tagrawla Leqvayel Témoignage, que j’ai commencé à écrire deux jours après sa mort. C’est devenu une chanson qui commence avec la mort de Matoub, qui continue avec le discours de Bouteflika à Tizi Ouzou (celui où il refuse l’officialisation de tamazight) et les événements de 2001.
Que s’est-il passé avec la chaîne Berbère Télévision ?
Justement, BRTV a refusé de passer la chanson Tagrawla Leqvayel Témoignage. Abdelrazak Larbi Cherif [employé de la chaîne] m’a expliqué qu’il ne la passerait que si j’enlevais le passage sur Bouteflika. Comme censure, il n’y a pas plus grave de tout ce que j’ai vécu depuis mes débuts à l’époque de Boumediene. A l’époque au moins il y avait un contexte politique et les choses étaient claires. BRTV... une chaîne à laquelle j’ai beaucoup apporté en tant qu’artiste et comme personnalité . Lors du Téléthon au profit de BRTV, l’Association des citoyens d’Akbou avait désigné deux personnalités, dont moi, pour remettre l’argent collecté à la chaîne. Déjà, avant même cette affaire de censure, ils avaient décodé ma première cassette vidéo protégée par un système anticopie et l’ont diffusée plusieurs fois sans mon consentement. Ils ont pu profiter du fait qu’en 2001, j’étais coincé en Kabylie pendant les émeutes.
Qui a fait ça ?
Les gens de BRTV. Ils ont décodé la cassette et recopiée sur une beta cam. Cela malgré l’interdiction écrite mentionnée sur la vidéo : " sauf autorisation écrite de monsieur Lahlou Tighremt producteur exclusif ". Malgré ça, ils l’ont fait.
Qu’est-ce qu’ils ont répondu quand tu es allé les voir ?
J’y suis allé, j’étais très énervé et je voulais les attaquer. A l’époque, ils faisaient un téléthon pour aider la chaîne, je n’ai pas voulu mettre de l’huile sur le feu. Je leur ai dit. « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous avez fait. Je vous autorise à prendre une chanson dansante ainsi qu’une chanson engagée. Je vous ordonne d’effacer tout le reste ». Ils n’en ont jamais tenu compte.
L’autre chose très grave concerne le clip A Zzin. Pour faire rire les gens, j’ai déguisé un de mes danseurs en vieille femme. Il est très grand et les gens adorent vraiment le voir. Ils [BRTV] ont pris cette chanson et ont censuré le passage où on voit le personnage déguisé, sans mon consentement. Quel culot !
Et cela je ne le savais pas. Plusieurs personnes sont venues me voir en me disant « Cette cassette on ne l’a pas. Sur BRTV il n’y a pas cet homme déguisé... ». Ce petit jeu a duré jusqu’au jour où ils m’ont fait parvenir la cassette de l’ émission de Kamel Tarwiht qui devait être diffusée le printemps dernier à l’occasion de mes trente ans de chanson.
C’est là que je me suis aperçu qu’ils avaient passé qu’un quart de Tagrawla Leqvayel, la partie consacrée à Matoub.
Quand j’ai demandé des explications, monsieur Larbi Cherif m’a répondu qu’il refusait de diffuser le passage de Bouteflika. D’ailleurs, pour le prendre à témoin, quand Belaïd Abrika est venu, il voulait faire passer ce clip à l’antenne et monsieur Larbi Cherif a clairement dit " non ".
J’ai interpellé le PDG de Berbère Télévision le jour même. Il m’a dit "Ce n’est pas le moment, essayez de m’appeler". Il m’a dit de demander à l’équipe de la chaîne por me donner son portable. Ce que j’ai fait. Malgré mes nombreux messages, jamais je n’ai reçu de réponse. Je me suis même procuré un autre numéro de portable, en vain. C’est ce qui m’a poussé à dénoncer cette injustice dans cette interview.
Et les personnes qui vous ont plagié, est-ce qu’ils sont passés à l’antenne ?
BRTV a organisé des concerts payants d’artistes le week-end, sans déclaration à la Sacem, sans payer les droits d’auteur exigés pour toute diffusion publique. Car c’est de cela que sont censés vivre les artistes. Comment voulez-vous qu’un auteur puisse vivre dans ces conditions ?
On assiste à une multiplication des reprises dans le répertoire kabyle, qu’en pensez-vous ?
Ce qui est grave dans les reprises, ce n’est pas uniquement de les chanter. D’abord ils ne reprennent pas n’importe quelle chanson, ils choisissent les standards. Ensuite, ils ne sont pas capables d’écrire mais se montrent très forts pour censurer ou modifier la chanson. C’est ce qu’on appelle l’atteinte au droit moral. Il est interdit de toucher un seul mot du texte original de l’artiste sans le consentement de l’auteur.
En France il n’y a presque aucune couverture radio pour la chanson kabyle. Il est difficile d’être artistes dans ces conditions.
Parce que justement, les vrais créateurs, ceux qui font preuve de recherche ne sont pas aidés par les soi-disant producteurs de chez nous, pour lesquels ils ne sont pas rentables Par contre, ceux qui font des reprises, qui leur remplissent les caisses, on les appelle stars. Tout cela aux dépends des véritables artistes. Pour passer sur une radio "occidentale", tu dois être pris en charge et produit par une major. Pour le reste, ils jouent le jeu de la télévision algérienne qui nous a collé l’étiquette " musique légère kabyle ", du folklore pour danser.
Entretien réalisé par Kamel Ferhat
Pour découvrir ou redécouvrir Lahlou :
Lahlou : 30 ans de chansons (2 CD) UCL Production
cassette dor (k7 vidéo) de 8 clips ucl producion
Kabylia Clips (cassette vidéo) UCL Production (deux clips de Lahlou, ainsi que de Massa Bouchafa, Idles, Aldjia, Mohand Azar et Brahim Izri)
Les chansons de Lahlou plagiées en Algérie :
Ayou Ayou :
_ Celina (chez Izem), titre modifié en Ayouh Ayouh
Farid Gaya (chez Sharaphone) titre modifé en Ayouh
Sidi Belloua
Celina (chez Dounia) en Gouraya
Farid Gaya ( chez Sharaphoe) titre modifié en Solotan amraoua + sonnerie téléphonique
Djamel Lahcène (lagh music)
_ Farid Braik (chez Akbou Music) + sonnerie téléphonique
Rachid Koceila (chez Sono Star)
Dahmane Kerrour (chez Izem)
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azul Lahlou,
je boycotterai et denoncerai tous ceux que tu as cite’s. Je m empresserai d acheter ton dernier produit -avec vu-ttez bien sur- ! L integrite’ n a point de prix. C est la seule richesse qui nous reste dans ce monde d ingrats.
bon courage !
yiwen n-wen.
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