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12. Religion, exclusion sociale, appartenance identitaire et culturelle

Halim, veux-tu dire que l’exclusion sociale provoque un cercle vicieux développant le communautarisme ?

Halim AKLI : La nature des conséquences d’une exclusion sociale dépend de plusieurs paramètres tels que l’ampleur et la durée de celle-ci, ses motivations supposées ou réelles, l’existence d’antécédents, l’interférence des éléments relevant de considérations raciales et ethniques et enfin, l’immixtion dans ce magma explosif de mouvements réactionnaires et fascistes. La réaction de base consiste effectivement à développer d’abord une haine de soi qui évoluera en rejet de l’autre ; rejet de l’identification au social et à « l’ordre officiel » et enfin, à se replier sur soi dans un processus communautariste et sectaire. Les sciences humaines mettent en évidence les mécanismes de cette forme de déchéance collective qui s’appuie aussi bien sur la religion et l’exploitation de celle-ci par des parias intégristes et autres déséquilibrés de même acabit que sur la corruption, l’intox et la manipulation. Abandonné par l’État et les forces du progrès, ces espaces sont livrés les mains liées à des loups aveuglés par la haine, l’ambition personnelle, l’enrichissement par des procédés illégaux et inhumains. Le résultat est là, sur chaque contient, de micro républiques sectaires « prospèrent » à l’ombre des États. Dans leur travail de sape et de manipulation, les intégristes qui prennent d’assaut ces quartiers, ces régions et ces contrées de misère qui n’est pas que matérielle, usent de tous les moyens imaginables et inimaginable, s’appuyant à la fois, sur des procédés traditionnels et modernes tels que les supports numériques et le web, en passant par les médias, l’école, les lieux de culte, les organisations de masses et de jeunes, les jeux pour enfants, etc. Ainsi, dans plusieurs endroits du monde, Barbie, Blanche neige et Cendrillon sont mises à contribution pour inculquer dès la prime enfance l’idée du voile et du tchador puisque des jeux de cartes pour enfants, des cartables, des trousses, des stylos, des règles sont frappées de leurs effigies portant le voile ! Pas loin que le 27 octobre dernier, la presse algérienne, dont des titres connus pour leur ligne éditoriale moderniste et républicaine, a rapporté une information qui relevait d’une large entreprise de mystification des mentalités puisque ce genre d’intox tend à réapparaître sur la scène médiatique après avoir disparu depuis l’arrivée de Boudiaf au sommet de l’État en 1992. En effet, il est tout simplement question, comme le titre le quotidien Liberté, de « Miracle de Dame nature : Le nom d’Allah gravé sur une raie ». Cela donne des sueurs froides dans le dos puisque cela faisait partie de l’arsenal de propagande des islamistes au début des années 90 où, je me rappelle très bien avoir lu des brèves largement reprises et qui parlaient d’une pluie de sang en Inde, du nom d’Allah marqué sur un poisson qu’un pécheur de la banlieue d’Alger aurait péché, de la prétendue conversion à l’islam du commandant Cousteau et même de Michael Jackson ! L’apogée de ce délire collectif fut atteinte quand l’expression « Allah akbar » [1] fut projetée par un laser dans le ciel d’un stade de football en plein meeting d’un mouvement intégriste.

Enfin et au risque de me répéter, la nature de l’expression par laquelle chaque groupe social se sentant exclu, manifeste son repli sur soi, diffère d’une période à l’autre, d’un lieu à l’autre et d’une situation à l’autre. Ainsi, on peut assister à la formation de ghettos de la misère, de la violence, de la drogue et du crime quasiment coupés de toute vie sociale nationale. On arrive aussi à y diluer des causes nationalistes comme c’est le cas en Tchétchénie, en passant bien entendu par des formes multiples de mouvements violents plus ou moins idéologisés allant de la revendication sécessionniste, souvent pour des contrées très insignifiantes et sur la base d’appartenance religieuse qui fait une impasse totale sur l’appartenance identitaire et culturelle, comme c’est le cas au Cachemire, aux conflits entre fractions, aux mouvements insurrectionnels tendant à refonder les États sur la base des lois religieuses.

Enfin, par exclusion sociale il faut étirer autant qu’on le pourra la dimension multiple de ce « signifié » particulier et irréductible à des schémas qu’il déborde. Ce n’est pas dans la précarité économique uniquement qu’il faut chercher cette étendue mais bien dans le système économique et politique dominant dans le monde à l’origine, à juste titre, de la crise financière qui sonne comme un avertissement sérieux puisque la vie internationale en est profondément touchée et demeure en stand by. Au-delà, c’est l’impasse sur les atteintes au droits humains dans les pays comme l’Algérie qui guide le « pragmatisme » capitaliste mu exclusivement par une tendance expansionniste de la production et des revenus ; ce qui se répercute par des politiques régionales injustes et arbitraires quand elles ne flirtent pas carrément avec la dictature clanique, militaire ou théocratique. Hors, cela est de nature à exacerber les tensions et à attiser les « foyers d’incendies », rendant difficile toute alternative démocratique, ce qui génère une crise de confiance en des lendemains meilleurs qui terrasse des populations entières et qui se jettent aveuglément dans n’importe quelle aventure susceptible, à leurs yeux, de changer et d’améliorer leur situation. A titre d’exemple, l’émigration clandestine de masse qui déstabilise l’Europe et l’Amérique du Nord, en est l’une des conséquences de cet état de fait que la « realpolitik » occidentale alimente par le soutien qu’elle apporte aux régimes totalitaires. L’émigration clandestine ne s’arrêtera jamais sous l’effet exclusif de mesures répressives sur les deux rives, l’occultation de la question identitaire, de celles de la démocratisation et de respect de l’alternance et des droits humains dans les pays du Sud constituent en fait le point d’achoppement dans le traitement de phénomènes comme celui-ci et partant, celui des communautarismes.

A suivre
Entretien réalisé par Youri K.

Notes

[1] (Dieu est grand)

Commentaires

3 Messages de forum

  1. Où sont les intellectuels libéraux d’antan ? que font-ils sinon se laissaient aller dans des intimidations intellectuelles, elles sont la base du communautarisme d’aujourd’hui, interdire toute contestation revient à dire que toute critique est l’expression d’une phobie et vous voilà antisémite, homophobe, islamophobe, raciste ou autres, en butte aux procès ou aux menaces. Il n’y a plus de contre-pouvoir.

    Les pays démocratiques sont en voie d’instauration d’une pensée unique, les partis politiques se transforment en partis religieux, l’islamisme est devenu le contre-pouvoir de la démocratie européenne.

    Quant aux citoyens vivant sous une dictature qui ne dit pas son nom (où le religieux s’émeut dans le communisme primaire et féroce), ils n’ont rien à dire que de se bouffer le nez mutuellement et ils ont l’air satisfaits. Ainsi chacun se complaît dans sa misère et fait un repli sur lui-même en évoquant chacun ses appartenances.

  2. Le communautarisme en France est la conséquence des primo-arrivants qui datent des années 90, fuyant leur "défaite électorale" en Algérie*, à leur tête les plus radicaux de ce mouvement. Ils se sont réfugiés en France, l’Allemagne et l’Angleterre et par la grâce et la naïveté des pays d’accueil, doublée par la bannière protectrice des lois : des droits de l’homme, l’Etat de droits, la laïcité qui permet à toute personne de cultiver librement son culte, etc. ils ont, comme un ras-de-marée, réussi à répandre leur idéologie qui a empoisonné en premier lieu les banlieues parisiennes avant d’envahir tout Paris, Lyon, Marseille, Saint-Etienne... ceci pour ce qui concerne la France. La Grande-Bretagne reste pour l’essentiel, la tête pensante d’où partent toutes les directives des terroristes islamistes du monde.

    Mais la France (vaut mieux tard que jamais) commence à réagir d’abord contre la burqa et même, elle va plus loin, lire ceci :

    AFP d’aujourd’hui :

    Le débat sur le voile intégral est "l’objet d’une surenchère entre différents clans de l’UMP", a dénoncé aujourd’hui le porte-parole du PS, Benoît Hamon qui, plutôt qu’une loi d’interdiction "de circonstance", prône l’inscription des mouvements salafistes "au registre des sectes".

    Comme l’Islam en France se reconnaît dans le Salafisme dans sa majorité (puisque la plus visible et la plus revendicatrice), nous assisterons bientôt à la décomposition de tout l’Islam de France.

    (*)dont une partie est restée pour la massacrer et pris le maquis tout en infiltrant l’armée, le pouvoir et a abruti toute la population.

  3. Bravo à Kabyle.net pour tous ces articles intéressants et merci à leurs auteurs, quoique je suis un peu triste qu’ils ne soient pas suivis de débat ou d’intéressement des internautes du site.

    Je salue Tata Suzanne qui ne rate pas une.

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