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Roman de Ali Mouzaoui : "Thirga au bout du monde"

mardi 10 avril 2007, par Marie

Je vous conte "Thirga au bout du monde"

Ecrire un livre est comme concevoir un enfant. Souvent, quand elles sont conçues à un âge avancé, « ces progénitures » sont le fruit d’une grande passion amoureuse.

Et ces passions avant qu’elles ne voient le jour, étaient d’abord un rêve qui prend forme au fil des nuits qui l’enveloppent, le prolongent et, plus tard, lui donnent forme et vie.

Il y a le rêve « Thirga yelhane » qui est annonciateur de lendemains prometteurs et le cauchemar ou le mauvais rêve « yir thirga » qui augure un avenir chaotique.


« Thirga » est le nom d’un village qui est né dans l’imaginaire réel de Ali MOUZAOUI . C’est vers ce rêve réalité que je vous invite à vous rendre en scellant, chacun, sa monture.

Thirga le village rêve est le sanctuaire de la tribu des Guechtoul qui ont abandonné la pleine de Amraoua pour fuir l’envahisseur turc de l’époque. Implanté dans des zébrures en contrebas des sommets où posés des nids d’aigles, le chemin vers Thirga peut s’avérer difficile d’accès. Avertis que vous êtes, il ne vous reste plus qu’à lancer l’ordre de marche, destination : Thirga au bout du monde.

D’emblée, l’auteur annonce la couleur : « Thirga n’est pas l’étape douce d’un voyage...Ceux qui vivent dans ces retranchements montagneux ressemblent à quelques épaves abandonnées par le tumultueux fleuve du temps. Acculés à ce bord du vide, ils acceptent ce qui leur vient du ciel. S’il leur arrive de se révolter, c’est parce qu’ils ne peuvent plus reculer. Ils sont dos au néant. Et chaque fois que l’histoire les bouscule, ceux de Thirga jouent entièrement leur existence, jusqu’à frôler l’extinction... »

C’est par ces phrases que Ali MOUZAOUI a défloré la virginité de ces pages blanches en attente d’un preneur. Et chaque jour que Dieu fait, Ali affrontait cette blancheur pour bâtir, pierre par pierre le village de « Thirga au bout du monde. »

« Thirga au bout du monde » peut être n’importe quel village de la Kabylie, tant les uns et autres sont perchés sur des sommets de montagnes des siècles durant. Leurs populations comme celles de Thirga, « jouent entièrement leur existence, jusqu’à frôler l’extinction. »

Même si ce livre s’inspire des réalités vécues hier et qui se vivent, encore, aujourd’hui. De son propre aveu, Ali MOUZAOUI ne le perçoit pas comme un essai historique ou politique sur la problématique kabyle. Avant toute chose il le veut comme une fiction.

Nonobstant cette volonté qui est la sienne, le lecteur n’échappera pas à la tentation de voir en ce livre un manifeste appelant à un sursaut kabyle pour une sortie rapide de cette longue nuit noire qui enveloppe notre existence. En finir, une bonne fois pour toute, avec cette malédiction et ce déterminisme que nous avons du mal à conjurer. Cela se traduit clairement dans ce passage qui met à nu notre condition de peuple résigné, même devant cette mort rampante. Avançant inexorablement, elle est sur le point de nous emporter si rien ne vient endiguer son mouvement et l’enrayer à jamais.

« Un kabyle n’a jamais eu l’honneur de vivre, l’honneur de bâtir. C’est pour cela que nous ne possédons ni Pyramide ni Colisée. Nous n’étions que du combustible pour l’histoire, qui démarrait avec nous et entrait en gare sans nous. Nous brûlions sans laisser de cendres au nom de royaumes qui, à l’heure des gloires, nous refoulaient vers nos montagnes. A peine régénérés, nous étions de nouveau conduits vers d’autres champs de batailles. »

Le livre est écrit de manière séquentielle, tant il met en scène des personnages contradictoires, qui portent en eux les contradictions qui traversent la société kabyle à travers les âges. Quand on le lit, on a le sentiment d’entendre, presque, le bruit d’une caméra et la voix d’un metteur en scène qui lance « action, on tourne. »

De la même façon qu’il y a une rétrospective d’événements historiques, Ali MOUZAOUI n’esquive pas les questions inhérentes à la société kabyle, notamment, dans ses rapports à la femme. Cela se voit se dans toute la partie concernant le personnage de Dehbia, tout particulièrement dans ce passage pathétique en s’adressant aux gens de son village de Thirga, lorsqu’elle revient pour une dernière fois vers celui-ci, après l’avoir quitté pour éviter le « déshonneur » aux siens.

« Je viens vous apprendre l’honneur. L’honneur qui enracine l’amour, le protège, et non l’honneur qui mutile les cœurs. Vous me verrez bien si vous osez me regarder en face mais vous clignez des yeux. Sui-je un soleil qui vous éblouit ? Ou peut-être, suis-je la vérité qui met à nu vos faiblesses, hommes de Thirga ? Pauvres créatures égarées par mille chemins en cherchant l’amour sans avoir la conviction de vouloir aimer ! Regardez-moi donc. Regardez mon corps que vous désirez tous dans la solitude de vos nuits sans oser tendre la main pour me prendre. Vous voyez combien vous haïssez au lieu d’aimer, dès que vous êtes ensemble. Ensemble vous entretenez le mensonge et la faiblesse. N’est-ce pas que vous êtes faibles ? Alors, pour que mon corps ne flétrisse pas, je l’offre aux étoiles, je le destine aux vents, aux oueds desséchés où il coulera afin qu’il ravive vos saisons mortes. Hommes de Thirga, je pleure vos femmes, fleuves impétueux, que vous enchaînez pour ne pas vous retrouvez prisonniers de toutes de leurs étreintes. »

D’autres personnages, aussi intéressants les uns que les autres, incarnent la condition, souvent difficile, d’être kabyle. Leur arrachement à leur terre et l’appel de l’ailleurs sont là pour en témoigner.

A travers ce livre se dégage, aussi, une constante. Celle de l’errance à laquelle sont voués toutes celles et tous ceux qui portent en eux la volonté de changement.

Thilmatine le carrefour, mais aussi l’escale pour ceux qui partent et pour ceux qui reviennent. Ensemble, ils sont tourmentés par ce qui les attend. Pour les premiers la peur de l’inconnu et les seconds, l’angoisse d’affronter les leurs après une si longue absence, pour rien si ce n’est pour repartir à zéro.

Tout au long du roman persistait cette dualité entre Thirga le rêve et Thirga le village. L’un étant imbriqué dans l’autre, il n’est pas aisé de fixer une frontière.

A. Nat Zikki

Roman de Ali MOUZAOUI

Ecritures berbères

Edition L’Harmattan

Prix :16 euros.

 
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salutation
Bouamrane à ecrit le 26 décembre 2007 à 20:04
bonsoir Je suis un jeune algérien ( Kabyle) , j’ai participée dans le film Mimezrane , grâce a Mr Hettal , je suis Animateur de théâtre, & comédien , comme j’ai des films a proposé a vous monsieur pour les réalisés. Veuillez m’accordez avec une réponse favorable Mr.

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