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Abscons, onse

vendredi 30 mars 2012, par Marika

ABSCONS, ONSE, adj. et subst. masc.

En parlant de réalités appartenant au domaine de l’intelligence ou de l’esprit. Obscur, mystérieux, difficile à pénétrer.

I. Empl. adj. :

1. Oyez pourtant. Par affinité d’esperits animaulx et secrète coniunction d’humeurs absconses, ie me suys treuvé estre ceste septmaine hallebrené de mesme fascherie, à la teste... G. FLAUBERT, Correspondance, 1852, p. 72.

2. Quant aux parties suivantes, vous y montrez la vie moderne dans ses régions les plus intimes, les plus absconses ; et on ne peut que se répéter : oui c’est cela ! En admirant la profondeur de votre coup d’œil et la véhémence de vos peintures. G. FLAUBERT, Correspondance, 1861, p. 430.

3. Tu m’appris à parler le narquois, à me déguiser de vingt manières diverses, (...) à trouver les cachettes les plus absconses ; et cela sans baguette de coudrier ! T. GAUTIER, Le Capitaine Fracasse, 1863, p. 75.

4. Discussion à table avec Daudet, où je soutiens qu’un homme qui n’a pas été doué par Dieu du sens pictural pourra, à force d’intelligence, goûter quelques gros côtés perceptibles de la peinture, mais n’en goûtera jamais la beauté intime, la beauté absconse au public, n’aura jamais la joie d’une coloration ; E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1888, p. 890.

5. Ce soir, chez Daudet, une terrible logomachie, où Rosny parle des abstraits et des concrets en littérature et des préférences morales, (...) et de beaucoup de choses absconses, compliquées et peu compréhensibles, au bout desquelles il déclare que c’est moi qui suis le théoricien dogmatique, le théoricien autoritaire..., E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1888 p. 950.

6. En même temps, un certain genre abscons, intermédiaire entre le réel et l’abstrait, et qui n’est pas sans mérite, s’est développé dans ces régions que Sainte-Beuve appelait le Kamtchatka littéraire. L. DAUDET, Vers le Roi, 1920, p. 167.

7. M. Godeau fut impressionné jusqu’à trembler devant son propre « bonheur » qu’une autre que lui-même osait proclamer inaltérable, inviolable, si abscons.M. JOUHANDEAU, Monsieur Godeau intime, 1926, p. 222.

8. Il a scruté, continue notre texte, les profondeurs, les fleuves et il a produit à la lumière les choses absconses. Il a exploré les caves, les galeries et les réservoirs,... P. CLAUDEL, Un Poète regarde la croix, 1938, p. 130.

9. ... on reconnaît sans peine, sous le nom de Théocrate, le philosophe lucernois ; il apparaît comme un personnage irascible, au langage abscons et fleuri de métaphores, qui célèbre les Alpes, les cascades, les chants des bergers,... A. BÉGUIN, L’Âme romantique et le rêve, Essai sur le romantisme allemand et la poésie française, 1939, p. 88.

10. Ce genre demi-abscons (de F. de Curel) se démode plus vite au théâtre que dans le roman. L. DAUDET, Mes idées esthétiques, 1939, p. 154.

Rem. 1. Dans l’ex. 3 abscons est associé à un mot concr., alors que dans les autres ex. il est lié avec des mots abstr. L’idée de chose cachée reste très sensible dans les énoncés les plus anc. (ex. 2 à 4) ; elle peut reparaître à l’époque mod. par fig. étymol. (ex. 7, 8). Certaines oppos. mettent en relief l’idée de difficulté à saisir ce qui est compliqué (ex. 5). Dans les énoncés les plus récents, le mot tend de plus en plus à caractériser l’expr. langagière, le style (ex. 6, 9). 2. 2 emplois rares, l’un par arch. dans une imitation de l’anc. lang. (ex. 1), l’autre avec utilisation du préf. demi- placé devant abscons (ex. 10).

II. Empl. subst. :

11. C’est vraiment de par lui, au théâtre, une très intelligente et très littéraire mise en scène de l’intime et de l’abscons des passions. E. et J. DE GONCOURT, Journal, 1885, p. 421.

Stylistique : Étant donné que pour abstrus comme pour abscons, l’anton. est l’adj. clair, abscons peut être considéré comme un renforcement superl. de abstrus. L’approche de ce qui est abstrus est toujours difficile, mais non impossible. En revanche, si l’abscons est toujours difficile, l’approche en est peu sûre ou improbable, le plus souvent impossible. D’autre part, l’emploi de abscons est, du moins dans les énoncés les plus anc., plus étendu (ex. : cachettes absconses), que celui de abstrus, qui s’applique princ. au domaine intellectuel. Abscons est d’abord empl. à la fois au sens propre et au sens fig. Peu à peu, le sens fig. l’a emporté, sans jamais éliminer complètement le sens propre (ex. 3). Abscons est un mot rare qui appartient au style soutenu, avec une valeur nettement péj. (ex. 5).

Prononc. ET ORTH. 1. Forme phon. : [], fém. []. 2. Homon. et homogr. Fém. absconse : absconse, subst. de même orig., « petite lampe obscure ».

Étymol. 1. 1478 prob. terme méd. (La Grande Chirurgie de Guy de Chauliac [1363] éd. de Nicolas Panis ds G. Sigurs ds Fr. mod., juill. 1965, p. 201) ; 2. 1509 « caché » sens fig. (JEAN LEMAIRE DE BELGES, Illustr. I, 1 ds HUG. : ... ramener à lumière toute ceste belle antiquité, laquelle ha esté absconse et celee jusques à présent à la plupart des hommes.

Part. passé adjectivé de abscondre* au sens propre et fig. ; repris au XIXe s.

HISTORIQUE

I. Morphologiquement, abscons est, comme part. passé adjectivé, le résidu actuel d’un paradigme verbal représenté dans l’anc. lang. L’inf. abscondre (cf. GDF., HUG., repris par Ac. Compl. 1842 comme vx mot) apparaît le premier et comme vedette unique du paradigme. Aux XVIIe et XVIIIe s. (NICOT, FUR., Trév.), abscondre disparaît au profit de absconser peut-être du fait de la vitalité du part., 17 ex. ds HUG. , ou de l’expr. pic. très vivante esconsement (« coucher ») du soleil, disparue au XIXe s. COTGR. est le premier à mentionner séparément le part. absconse, absconsé(ée) ; il n’est suivi que par Trév. 1752 qui le donne comme adj. Rem. Au XIXe s. apparaît l’emploi subst. (cf. ex. 12 et 13).

II. Sémantiquement, on note dès l’orig. (XIVe s., cf. étymol.) la coexistence d’un sens phys. et d’un sens fig., vivants jusqu’au XVIIe s., inusités aux XVIIe et XVIIIe s., mais réapparaissant aux XIXe et XXe s., surtout au sens fig., plus rarement au sens phys.

A. Accept. vraisemblablement disparue av. 1789 : accept. techn. méd. notée au XVe s. (cf. étymol. 2, ouvrage cité non disponible), sans doute à rapprocher de absconsion « ulcère caché, latent », (attesté ds la Grande Chirurgie de Maître Henri de Mondeville, trad. de 1313, éd. S.T.A.F., t. II, p. 93).

B. Accept. subsistant apr. 1789.

1. XIVe s. : sens phys. et fig., cf. étymol.
2. XVIe s. : sens phys. (ex. de Marot) et sens fig. (ex. de Rabelais) : Le chant du coq la nuict point ne prononce Ains le retour de la lumière absconse. (MAROT, Épigr., 35 ds HUG.)

En icelle bien aultre goust trouverez, et doctrine plus absconce, laquelle vous revelera de treshaultz sacremens et mysteres horrificques. (RABELAIS, I, Prologue ds HUG.)
3. XVIIe et XVIIIe s. : eclipse du mot, qualifié de vx (FUR. 1690, Trév. 1752).
4. XIXe s. : résurgence du mot (cf. sém.).

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