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La malédiction du royaume de Guendourie

(Conte pour enfants de moins de 60 ans)

dimanche 20 mai 2012, par Djaffar Benmesbah

Dans le royaume de Guendourie vivait un peuple de fiers guerriers qui n’a jamais enfanté en paix. Les richesses de ses terres lui attirèrent bien des guerres. Le ciel de Gendourie, béni des dieux, se ragaillardissait d’un bleu peu nuageux au plus fort de décembre et les rares pluies venaient poindre pour rendre ses terres généreuses et les moissons abondantes. En Guendourie, aucun signe n’indiquait l’hiver. La nuit profonde et le silence froid venus, ne duraient point et étaient les prémices de longs printemps.

Le peuple de Guendourie comptait des religieux qui adoraient Allah, Jésus et Moïse, des païens qui se satisfaisaient de farfadets et elfes mais aussi des athées et agnostiques. Cependant, en périodes d’incertitudes, tout ce peuple se nourrissait de craintes, car tous craignaient une divinité bipède volante nommé Dyèresse car elle avait le pouvoir de provoquer à son aise les tempêtes violentes, les bourrasques, les bises, brises et autres alizés.

Le royaume de Guendourie avait une particularité, ses rois ne naissaient pas rois, ils étaient choisis parmi le peuple par la divinité Dyèresse qui, bien murmurée par toutes les lèvres, n’apparaissait qu’une fois tous les cinq ans.

La tradition voulait que tous les cinq ans, le jour de l’intronisation, tous les prétendants au trône se regroupaient sur le mont d’une colline et attendaient que Dyèresse plane de ses ailes grandioses au-dessus de leur têtes. Était choisi roi, celui sur qui Dyèresse laissait tomber sa fiente puante.

En ce jour de mai donc, alors que le peuple chantait le muguet, trois hommes, Dzirimol, Kabildur et Flikapok, décidèrent de se porter candidats au trône et allèrent se poster sur le haut d’une colline, chacun rêvant du soutien de Dyèresse.

Ils marchèrent longtemps et une fois arrivés à destination, ils s’essayèrent puis, ils discutèrent chacun de sa manière à gouverner si toute fois, il était investi à la haute charge de chef d’État.

Dzirimol parlait en premier : Si je suis roi, je donnerai à chacun la capacité de faire le commerce qu’il désire. Je l’aiderais à construire son nid et lui offrirais un titre voyage et quelques icônes étrangères pour pouvoir voyager. Je limiterais l’empire de l’État et protégerais la vie privée. J’approuverais le principe de la liberté de la femme mais sous contrôle. Ainsi je ferai, je le jure.

Kabildur prit la parole : Si je suis roi, je concilierais le peuple avec ses ancêtres tout en l’intégrant dans l’universalité. L’universalité dans l’espace, dans le temps et dans toutes les dimensions de l’humain. Je changerais les codes du mariage et dans le couple tout changera. J’éviterais les dogmes et respecterais les libertés. J’abrogerai la loi qui donne à Dyèresse les prérogatives de choisir le roi. Le peuple sera souverain et son jugement objectif. Ainsi je ferai, je le jure.

Flikapok annonça alors son régime en de propos sibyllins : Si je suis roi, je mettrai le peuple sur le gril. Je le laisserai dans un état de grande impatience et de vive anxiété. Je réduirais toute logique à néant. Je placerais tous mes efforts dans l’âme suprême de la peur et me servirais de la religion. Je parlerai de liberté en renforçant la coercition. J’avantagerai la gestion désastreuse et je renverrais la facture au peuple, flambée du chômage, pénurie alimentaire, augmentation des taxes et des impôts et remise en cause systématique des acquis sociaux. Je ferai voir au peuple les injustices innommables. J’élèverai en sport national la corruption tout azimut et j’augmenterai le nombre des rapaces. Je mettrais l’amour du pays à plat et je ne verrais plus de limites entre les deniers de l’État et ma propriété privée. Pour durer, je ferai des offrandes au dieu Dyèresse par l’immolation de malheureux que je ne saurais voir. Ainsi je ferai, je le jure.

Apparut alors dans le ciel, Dyèresse, battant des ailes énormes. Il plana un moment au dessus des prétendants puis se gonfla avant de libérer toute la masse de fiente puante qu’il contenait sur la tête de Flikapok Il disparu aussitôt laissant Flikapok englué de crotte et hurler de joie : Je suis roi, je suis roi.

Le roi Flikapok allongea d’abord le nom de l’État devenu royaume de Guendourie et des Beni Qawad Unis ; trois lustres durant, il faisait subir à son peuples les pires ignominies. Il tint sa promesse, des âmes pleuraient comme des Mademaines.

Kabildur et Dzirimol tentèrent de ramener le roi Flikapok à la raison, ils allèrent à sa rencontre.
Sire, ayez pitié de ce pauvre peuple, vous le faites souffrir tellement qu’il vit une déconnexion à risque. ..

Le roi Flikapok les observa avec gentilités et facéties, le doigt roulant les extrémités de sa moustache, pour tenter de deviner s’ils lui parlaient sans sous-entendus. Il se leva et leur dit :

— Vous vous rappelez ce que nous disions les trois au sommet de la colline quand nous attendions le grand oiseau Dyèresse ?

Kabildur et Dzirimol répondirent en chœur : oui nous nous rappelons.
Et le roi Flikapok finit :

— Vous parliez tous les deux du bien que vous auriez fait au peuple si vous étiez à ma place et moi, je disais la haine que j’ai pour ce même peuple, pourtant c’était moi qui a été choisi. Comprenez que ce peuple subit le châtiment de ses oublis, des défaillances de sa mémoire et de ses reniements. Il ne mérite aucune pitié. Si Dieu le Très-Haut l’aimait, il ne l’aurait pas affaibli d’un sous-traitant comme Dyèresse. Si ce peuple méritait des indulgences, ça serait sur l’un de vous deux que serait tombée la crotte de Dyèresse. Alors, comme j’ai reçu la fiente, laissez-moi honorer ma promesse jusqu’au bout. Ainsi parla le roi Flikapok.

Djaffar Benmesbah

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