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Mouloud Mammeri, mon ami, mon maître… à jamais

lundi 27 février 2012 - commentaire

Notre correspondant de Béjaïa qui a bien connu, « Da L’Mouloud », suivant ainsi ses cours à la l’Université d’Alger, livre avec beaucoup d’émotion, à travers ce texte, un témoignage où se décèle la subtilité et la finesse de l’esprit de ce classique de la littérature algérienne. [1]

C’était en 1971/72, à la Fac centrale d’Alger. Je terminais alors ma licence et, à l’époque, il fallait à un étudiant en licence es-Lettres une deuxième langue. J’aurais pu aisément opter pour l’Italien, d’autant que ce département était dirigé par la Signorina Mascarello, qui fut mon prof d’Italien au lycée Ibn Sina de Béjaia quatre années durant (1964 à 1967). Mais je m’étais dit qu’opter pour le Berbère allait m’épargner certains efforts, pressé comme j’étais de décrocher ma licence. Da L’Mouloud avait donc commencé à être mon professeur de Berbère. Nous étions à peine une cinquantaine d’étudiants à être inscrits à son cours. Plus deux…inconnus, plutôt taciturnes, muets et au regard refroidissant. Un jour, j’ai attiré l’attention du maître sur le fait insolite que le Berbère figurait dans la liste des « Langues étrangères » (Allemand, Italien, Portugais, Espagnol…etc.). La réponse de Mammeri était empreinte d’une telle sérénité, mais également avec un substrat humoristique que l’esprit ne saisissait qu’avec un peu de retard : « Rien de plus logique et de surcroît tout à fait conforme à la Loi. L’Algérie dispose d’une langue nationale qui est l’Arabe, et est partie intégrante du monde arabe ». L’éternel sourire fort éloquent surpassant toute syntaxe doublement articulée aux lèvres. Un cours, parmi tant d’autres, durant lequel Da L’Mouloud décomposait un mot : « ‘IWANDAJEN’ : I c’est l’article défini pluriel en Tamazight, le W doit se prononcer V. Passons sur les détails techniques concernant l’évolution phonétique, phonologique et toute la philologie. ‘En’ est le suffixe du pluriel que l’on ne retrouve qu’en langue allemande, et enfin le J est à remplacer par le phonème L. Cela vous donne IWANDAJEN = Les Vandales. Et il s’agit d’une tribu-résidu des Vandales qui ont séjourné plusieurs siècles en Algérie, notamment en petite Kabylie… N’est-ce pas ‘Aya Bdjaoui’ ? », terminait-il sa démonstration linguistique et anthropologique de haute voltige en s’adressant à moi. Au sortir de certains cours, j’avais l’insigne honneur de l’accompagner…à pied. Nous arpentions tous les deux la rue Didouche Mourad, nous rendant au Musée du Bardot où nous avions d’autres activités, avec Hamid Idir (Le célèbre interprète de « Vava Inouva » et bien d’autres succès…) et d’autres camarades. J’avais ma guitare, ma voix ; il y avait des textes à chanter. En cours de route, j’avais coutume de m’arrêter, au sous-terrain situé au niveau des « Quat Z’arts » pour acheter un sandwich au merguez. Da L’Mouloud n’était nullement dérangé par ce caprice : « Vas-y, vas-y Aya Bdjaoui, je t’attends ! ». Au musée du Bardot, nous faisions de l’art berbère, de la bebérologie et non quelque chose qui se termine en « isme », disait-il, pour nous prémunir contre toute « inquiétude ». Je vous aime autant que mon propre feu père, Da L’Mouloud, mon ami, mon maître, pour toujours…

Par Mustapha Bensadi


[1Propos de la rédaction de Liberté

Vos commentaires

  • Le 29 février 2012 à 08:48 En réponse à : Mouloud Mammeri, mon ami, mon maître… à jamais

    MERCI POUR L’EXPLICATION DU TERME IWANDAJEN...

    j’ai en mémoire une poéme osé sur la faiblesse des hommes à l’égard de la gente féminine de si Md u mhend qui justement parle de "Flih iggendajen qui doit étre certainement Iwandajen".

    J’AIMERAIS BIEN SAVOIR QUEL EST CE VILLAGE ?

    on ne remerciera jamais assez notre sage et éclraireur DA LMULUD.

    VIVEMENT L’INDEPENDANCE POUR LUI CONSACRER TOUTE LA PLACE QUI LUI SIED DANS CETTE KABYLIE QU’IL AIME TANT.

    le pouvoir arabomuz qui a assasiné nos meilleurs enfants qu’il soit maudit à jamùais.

    INDEPENDANCE !!

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