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Saïd Sadi : “Le 20 Avril n’est pas orphelin de l’Histoire”
jeudi 19 avril 2012 - 4 
Le docteur Saïd Sadi revient dans cet entretien sur la symbolique et la portée politique du 20 Avril qu’il qualifie de “matrice de tous les dossiers sur lesquels le pays a été amené à se pencher avec plus ou moins de lucidité”. Acteur de ces événements historiques, Sadi considère néanmoins qu’“un combat ne donne pas le droit de se substituer aux autres générations à qui il revient de développer leur intelligence et mobiliser leur énergie”.
Liberté : Vous êtes l’auteur des appels à la marche du 7 avril à Alger et à la grève générale du 16 avril 1980, deux évènements qui ont considérablement amplifié la dynamique du Printemps amazigh. Trente-deux ans après, quel bilan faites-vous du combat initié par votre génération ?
Saïd Sadi : Il faut constater, aujourd’hui, que si le 20 Avril est assumé, voire revendiqué par tant de monde, c’est qu’il n’est pas orphelin de l’Histoire. Quand un acte politique résonne positivement dans la mémoire collective malgré les fardages et les censures officielles, cela veut dire que cet épisode est entré dans la mémoire collective. Je suis persuadé que quand l’Algérie sera rendue à son peuple, le 20 Avril sera consacré journée fériée. Regardez dans notre passé. À part le 1er Novembre et le Congrès de la Soummam, et encore pour ce dernier cas les attaques et les polémiques n’ont pas manqué, il n’y a pas d’autre moment historique qui ait survécu et qui soit célébré spontanément par les citoyens, y compris les jeunes qui n’ont pas vécu les faits. Ceci pour l’aspect symbolique. D’un point de vue politique, et malgré les réticences des intellectuels à assumer un moment d’évolution qualitative majeur qu’ils n’ont pas vu venir, Avril 80 a été la matrice de tous les dossiers sur lesquels le pays a été amené à se pencher avec plus ou moins de lucidité : droits de l’Homme, pluralisme politique et syndical, statut de la femme, réformes institutionnelles, devenir nord-africain… Le Printemps amazigh n’est pas seulement une irruption de la mémoire identitaire, c’est le jaillissement d’une conscience citoyenne niée. Cela dit, tout n’est pas rose non plus. Des dérapages ont bien évidemment eu lieu et des tentatives de manipulation se font jour ici et là, mais elles sont restées sans grand dommage parce que, justement, Avril 80 est rentré dans le patrimoine mémorial communautaire qui protège des instrumentalisations.
La réflexion sur cet événement a besoin de plus d’espace politique et d’autonomie intellectuelle pour connaître de façon précise la vérité des faits et les prolongements, impacts et déclinaisons de l’évènement dans toutes ses dimensions.
Oui, je crois qu’Avril 80 est une date charnière dans l’histoire de l’Algérie contemporaine. Il n’était pas acquis de faire plier un pouvoir, né et fonctionnant dans la violence, par des luttes pacifiques, inconnues dans le glossaire politique algérien.
Aujourd’hui, l’essentiel des thématiques (démocratie, libertés, pluralité identitaire…) qui structurent le débat public algérien sont le fait de votre génération.
Les victoires seront acquises le jour où tous les dossiers déclinés par Avril 80 seront des réalités institutionnelles. On en est loin. Mais je pense que dans une phase historique qui avait condamné le pays aux slogans et aux sectarismes tiers-mondistes, le fait d’avoir eu la capacité d’identifier les vrais problèmes du pays, de leur avoir donné du sens politique, de les intégrer dans une vision démocratique pour en faire un projet reconnu actuellement comme le plus pertinent, alors que les moyens de communication de l’État étaient mobilisés pour distiller le contraire de cette alternative, est une vraie avancée. À chaque étape, l’esprit d’Avril avec sa ferveur, ses valeurs et ses règles pèse sur le débat national.
La revendication intangible de l’officialisation de la langue amazighe n’a pas occulté les autres aspirations : on a parlé plus haut de la renaissance de la conscience citoyenne qui s’engage pour les droits de l’Homme, pour les réformes politico-administratives, les libertés syndicales et, aujourd’hui, pour défaire un hold-up électoral qui livre la représentation nationale à la délinquance et à la prédation. Cette plasticité et cette pérennité confèrent à Avril 80 un label et un potentiel qui le distinguent des révoltes, souvent légitimes par ailleurs, qui restent sans lendemain. Alors, est-ce que notre mission est accomplie ? Aucune mission politique n’est achevée puisque, quand on a le bonheur de voir une espérance se concrétiser, il faut veiller à en protéger les acquis. Mais, il ne faut pas que notre génération commette l’erreur de celles qui l’ont précédée. Avoir mené un combat ne donne pas le droit de se substituer aux autres générations à qui il revient de développer leur intelligence et de mobiliser leur énergie pour profiter et non subir l’expérience des aînés.
Contrairement au Maroc qui vient de doter tamazight d’un statut de langue officielle, l’Algérie, qui est pourtant le berceau de la revendication identitaire, rechigne à le faire alors qu’une bonne partie de la population le revendique. Un commentaire ?
Vous pouvez ajouter que c’est le Maroc qui demande de remplacer l’Union du Maghreb arabe par l’Union du Grand-Maghreb pour évacuer la mutilation qu’induit un qualificatif exclusiviste. L’explication à l’incohérence que vous soulevez est relativement simple. Dans notre région, nous sommes un anachronisme institutionnel. Le Maroc est une monarchie, la Tunisie est une nation républicaine, l’Algérie est un service de renseignement. Si Avril 80, né et assumé en Algérie, a mieux résonné au Maroc, c’est qu’il y a plus de capacité d’écoute, d’évolution et de vision à Rabat qu’à Alger.
Selon vous, les idéaux et les valeurs dont est porteur le combat pour l’amazighité sont-ils assimilés par la nouvelle génération ?
Je pense que oui car nous avons d’instinct couplé la revendication identitaire à l’émancipation démocratique. Cela a élargi le champ des interprétations et des interventions, rendant du coup plus difficiles les manipulations politiciennes. La preuve est que malgré les moyens colossaux mis en œuvre pour détourner ou polluer Avril 80, la dynamique reste toujours inscrite dans les mêmes perspectives politiques et éthiques, en dépit de ressacs conjoncturels.
Rappelez-vous les mises en scène de 2001 par lesquelles le pouvoir, croyant retourner à son profit les conséquences de ses crimes, a pensé capter et domestiquer les revendications historiques du Printemps amazigh. Voyez ce qu’il en est aujourd’hui. Pour autant, les nouvelles générations n’ont pas à nous imiter. Le monde a changé et la révolution informatique a transformé les rapports de force dans le champ informationnel, les dictatures tombent les unes après les autres, l’islamisme est contraint de s’étalonner à des normes dont il se croyait exonéré et l’Afrique du Nord est en train de s’inviter en tant que perspective régionale incontournable. Les nouvelles générations doivent se protéger des appâts que leur tend le système pour réduire leur vie au gain facile et au contournement des règles sociales qui nous rappellent que notre destin individuel ne vaut que s’il s’accomplit dans le respect et l’harmonie générale.
Si l’Amazigh a traversé 3.000 ans d’épreuves, c’est aussi parce que nos ancêtres ont su comprendre que l’homme, avant d’être un ventre, est un cœur et une âme.
Que fait et comment vit Saïd Sadi aujourd’hui ?
C’est une autre vie. Je m’occupe autrement. J’ai plus le temps pour écrire, réfléchir, observer et rencontrer des personnes que mes charges précédentes ne me laissaient pas le temps de voir. J’interviens quand on me sollicite pour donner un avis sur notre pays et je suis, je l’avoue avec une certaine fierté, l’évolution du RCD qui vient de tenir son premier conseil national sans ma présence. La gestion de la session par le nouveau président, la mobilisation et la qualité des débats semblent avoir été dignes des engagements pris au congrès.
C’est un peu paradoxal, mais je suis plus heureux des travaux auxquels je n’ai pas assisté. Vous qui parliez de la capacité des nouvelles générations à assimiler la philosophie d’Avril 80, vous en avez là un bon exemple. Notre génération a une ultime obligation. Nous avons le devoir de témoigner pour éviter qu’Avril 80 ne subisse le sort du combat libérateur. C’est une belle et passionnante mission.
Par : Arab Chih, Liberté Algérie
Kabyles.Net
Vos commentaires
# Le 20 avril 2012 à 05:11, par kaci En réponse à : Saïd Sadi : “Le 20 Avril n’est pas orphelin de l’Histoire”
Je conviens sur le tout sauf l’officialisation OCTROYEE au maroc. Donc revocable dans le contenu à tout moment en fonction des caprices du Roi.
Une reconnaissance que nous refusons en Algerie : notre identité c’est un tout qui bien sur se communique en Thamazighth. Limiter notre identité à voilà 14 siècles- arrivée de l’islam, confirme la volonté d’utiliser l’islam pour consolider la superiorité presumée d’une culture sur une autre.
Je crois que Saadi devrait travailler pour une federations de toutes les forces politiques democratiques à partir de l’ennoncé symbolique de 1980.
Bravo Saadi
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# Le 20 avril 2012 à 07:57, par baqlul En réponse à : Saïd Sadi : “Le 20 Avril n’est pas orphelin de l’Histoire”
32 ans après avril 80, aucune région d’algérie, aucun groupe, aucun intellectuel, aucune association, aucun parti en dehors de la Kabylie ne le revendique. Quand on dit que avril 80 fait partie de la mémoire nationale (c’est à dire algérienne), cela est faux et archi faux. Citez-moi un seul exemple qui dit le contraire de cela et je reconnaitrai cette dimension nationale. Rien ni personne, sorti de la Kabylie, ne fait référence à avril 80.
C’est un mouvement des Kabyles qui est cher aux Kabyles et c’est bien comme cela. Il nous distingue des autres sans regret. Il ne faut pas pousser l’hypocrisie jusqu’à avancer que sa négation vient uniquement du pouvoir, nos concitoyens en dehors de la Kabylie ne veulent pas de ce symbole. Ceux des Kabyles qui croient encore en la dimension nationale de leur mouvement, de leur parti ou de leurs symboles vont déchanter.
L’Algérie a son avenir bien tracé vers l’islamisme. Il faut sauver la Kabylie et lui épargner le tsunami islamiste qui va bientôt tout emporter. S’il n’ y a pas l’autonomie maintenant, notre identité Kabyle s’éteindra, ce n’est pas seulement le souvenir d’avril 80 qui s’estompera, ce sera la fin de notre chère Kabylie en tant qu’entité. Nos enfants et petits enfants seront dilués dans l’arabo-islamisme.
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# Le 20 avril 2012 à 15:32, par kaci En réponse à : Saïd Sadi : “Le 20 Avril n’est pas orphelin de l’Histoire”
La kabylie est leader chef de file. C’est son role depuis toujours, le reste suivra. La grande chance de l’Algerie reside dans la kabylie qui est restée indemne de l’arabislamisme donc notre terroire.
Les tenants de l’Algerie peripherie de l’Egypte doivent se taire à jamais.
Apres la gifle historique des egyptiens qui refusent l’arabité aux officiels algeriens et ces derniers qui leur courent derriere, est l’idée de cette algerie minuscule du FLN qui trouve l’audace de presenter la femme de Qardaoui comme futur deputé est plutot significative dans la mesure qu’elle indique la direction de l’Etat arabe d’Alger : celui de continuer à jouer l’islamité pour faire chanter le peuple algerien.
Accépter d’aller aux election dans un contexte où l’on compte les choux comme si c’etait des chèvres est franchemet un sacrifice inaccéptable : les regions arabes ne voteront jamais des kabyles ni des formations nées en kabylie . Du coup la donne culturelle rend incompatible une election dans ces conditions. L’uniformité culturelle est la pre-condition pour qu’il y ait une elction nationale.
Les jeux elctoraux pour ganger du temps c’est definitivement revolu. Si gagner du tepms est le but d’un condamné à mort comme l’est le systeme FLN, le peuple n’est plus tenu à une unité fictive, c’est la loi des vases communiquants.
La kabylie doit travailler pour unir les forces laiques et democratiques. Car, ce qui se passe en Algerie n’est pas different des pays voisins où la pax saoudienne est déjà là. Les islamistes algeriens se sentent forts pour le controle capilaire qu’ils ont sur la symbolique et l’identité des arabes musulmans mais aussi pour avoir versé le contenu islamique dans la personnalité des citoyens arabes-algeriens. Un lavage de cerveaux preparé par l’école officielle. Une operation qui n’arrive pas à leur reussir en kabylie. Mais pas pour autant ils rennoncent au proget. Les diverses tentatives de penetration des malekites du m’zab, mais aussi les milliers de mosquees construites en kabylie font partie du dessein pan-islamique.
Ben khadem philo-khameinist cnnait suremment la recente declaration du chef khamenei qui a declaré textuelement : nous ne croyons pas à la nation nous preparons la Oumma !
La course et la competition entre models islamiques arrive en Algerie. Grace aux agents des deux chefs de files islamiques : saoudiens et iraniens. Les laics sont minoritaires par le nombre et par l’accés aux medias, mais aussi parce qu’ils sont en majorité en kabylie. Depuis longtemps stigmatisés donc ensemble avec l’autre partie d’Algerie , dans l’immediat est tres difficile si les conditions restent celles de l’Etat de papa de toujours..
L’Etat semi-islamique d’Alger en attendant fournit la chair à cannons aux deux fronts pan-islamiques en lutte. Faire les figurants dans cette situation qui pratiquement se joue ailleurs qu’en Algerie n’est plus accèptable. De deux choses l’une : ou un miracle se realisera dans les mentalites d’arabes d’Algerie en se demarquant des islamistes et du FLN et la voie serait celle d’une unité dans la diversité dans le cas contraire subir l’islamisme pseudo-democratique-ni la langue arabe ni l’école islamique n’ont été choisies par le peuple- est halaliser un hod-up.
Si le reste de l’Algerie maintiendra l’Ambiguité sémantique de l’arabité islamité et le FLN comme ligne médiane, la voie est claire : faire seuls. passer de la dictature arabiste à celle islamique pour nous est hors question.
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# Le 21 avril 2012 à 13:06, par Moh En réponse à : Saïd Sadi : “Le 20 Avril n’est pas orphelin de l’Histoire”
Alger, Rabat, Tunis sont historiquements des capitales fabriqué par l´ex puissance coloniale(Fafa). Les mouvements indépendantiste leurs action inítiale à été légtime qui consista coute que coute de se libré de l´injustice de l´ordre colonial, mais ils ont pas su gardé leur autonomie, puisque aprés les évenèments meurtrière qui couté bcp de vies humains(exp le plus frappant c´est 54-62 ) s´est tout de suite retrouvé sous les foudres de la guerre froide américanisé, donc les effors entrepris dans le sense de la democratie sont reduit à des vœu pieux !
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