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Touareg : l'autre conflit malien

Touareg : l’autre conflit malien

vendredi 10 février 2012, par Admin

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Déjà déstabilisé par les terroristes d’Aqmi, le régime d’Amadou Toumani Touré paraît de plus en plus fragilisé. Paris s’inquiète.

Le conflit qui se déroule dans le nord du Mali entre les rebelles touaregs et les troupes de Bamako inquiète de plus en plus Paris. Mardi, le ministre des Affaires étrangères, Alain Juppé, a exprimé devant les sénateurs la position française, plutôt balancée. « Quels qu’en soient les motifs, ce recours à la force n’est pas acceptable dans une démocratie comme le Mali. Un cessez-le-feu immédiat est pour nous impératif », a-t-il expliqué. Avant d’ajouter qu’il était important de « traiter la question touareg sur le fond ». Autrement dit d’entendre leurs revendications qui portent essentiellement sur une meilleure intégration du Nord du pays. Dans cette ancienne colonie française, on a coutume de dire que « la seule chose qui réunisse les Maliens, c’est le fleuve Niger ».
La prudence de Paris s’explique en grande partie par la question des otages français retenus par Al-Qaeda au Maghreb islamique (Aqmi) dans le nord du pays, dans une zone où se déroulent d’âpres combats. Ils sont au nombre de six. Quatre d’entre eux ont été enlevés en septembre 2010 à Arlit, au Niger, et transférés au Mali. Deux autres ont été kidnappés dans le nord du pays, en novembre, près de Gao. Les autorités françaises sont engagées dans de délicates discussions avec leurs ravisseurs pour tenter d’obtenir leur libération.
Les combats qui ont éclaté le 17 janvier compliquent-ils la donne ? Les rebelles touaregs du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) assurent que leur lutte va affaiblir Aqmi. « Notre mouvement permet de reprendre le contrôle sécuritaire de cette vaste zone et de récupérer les jeunes Touaregs qui étaient tentés de rejoindre les terroristes par goût de l’aventure et par opportunisme financier, assure un de leurs représentants, Hama ag Sid’Ahmed. Sans assise locale, Aqmi ne pourra plus circuler tranquillement à Kidal ou Tombouctou. » Mais d’autres observateurs sont sceptiques. « A court terme, cela déstabilise l’ensemble de la zone sahélienne et favorise de facto l’action d’Aqmi », dit une source bien informée.
Kadhafi. Les rebelles ne constituent pas un bloc monolithique. Trois groupes distincts sont à l’œuvre sur le terrain, dont un inquiète particulièrement les Occidentaux. Le groupe Ansar al-Din, actif dans la région de Kidal, affirme vouloir instaurer la charia (loi islamique) en recourant, s’il le faut, à la force. Les deux autres factions armées sont structurées autour des combattants touaregs revenus de Libye après la chute de Muammar al-Kadhafi et des vétérans des rébellions touaregs des années 90 et 2000. Le groupe le plus puissant, qui combat dans la région de Tombouctou, est commandé par Mohamed ag-Najim, un ex-colonel de l’armée du défunt guide libyen. Il disposerait de 150 véhicules, soit environ 600 hommes, équipés notamment de lance-roquettes issus des arsenaux libyens.
Ces forces bien aguerries ont infligé des revers cuisants aux troupes de Bamako. Cruelle ironie, le gouvernement malien avait envoyé sur le front du nord des soldats touaregs, bons connaisseurs du terrain. Ils ont massivement déserté, rejoignant les rangs du MNLA. Paris, qui dispose d’une quinzaine de coopérants militaires au Mali et a équipé au nom de la lutte antiterroriste l’armée de Bamako en transports de troupes et autres petits avions de surveillance, assiste à distance à ce délitement. Et n’a pas digéré l’inertie du président Amadou Toumani Touré (ATT) dans la lutte contre Aqmi.
De nombreuses localités du Nord sont tombées aux mains des rebelles, et c’est désormais près du tiers du territoire malien qui échapperait à l’autorité de Bamako. Est-il pour autant contrôlé par les rebelles touaregs ? « Ils ont un problème : l’essence, souligne un expert, même s’ils parviennent pour l’instant à se ravitailler en carburant dans des pays voisins, comme la Mauritanie. »
Pour l’heure, le MNLA chasse les troupes de Bamako, sans s’attarder dans les localités « conquises ». Au-delà de son objectif affiché - l’indépendance de l’Azawad -, il veut visiblement forcer Bamako à négocier un réel effort d’intégration économique, sous garantie internationale.
Scrutin. Ces éventuels pourparlers se dérouleront-ils avec ATT ? Son mandat s’achève en avril, mais l’actuel président malien pourrait arguer des violences pour instaurer l’état d’urgence et reporter le scrutin. Un pari risqué : la poursuite des combats fragilise un régime qui évite soigneusement de parler des pertes sévères dans les rangs de ses soldats. Fin janvier, certains d’entre eux auraient été tués, dans la localité d’Aguelhok, à cause d’un « tir ami ». Pour tenter de reprendre le dessus, Bamako compte malgré tout sur l’entrée en action d’hélicoptères Mi-24, pilotés par des mercenaires ukrainiens.

Par Thomas HOFNUNG

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